Si les cordonniers sont les plus mal chaussés, les médecins ne sont pas mieux lotis sur le front de la santé. Les alertes se multiplient depuis plusieurs années. Cette fois-ci, c’est l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) médecins libéraux d’Île-de-France qui tire la sonnette d’alarme. Près d’un praticien francilien sur deux est en situation d’épuisement professionnel, révèle le baromètre publié en début de semaine. Sur les 688 libéraux ayant répondu au questionnaire, 335 se sont vus conseiller de prendre contact avec un confrère du réseau « Médecin de médecin », tandis que 168 sont invités « à prendre le temps de faire un test plus complet ». Sur l’ensemble des participants, 40 % s’avouent « fatigués au réveil » plusieurs fois par semaine. Un sentiment plus marqué chez les femmes (plus d’une sur deux, contre quatre sur dix chez les hommes). Un généraliste sur quatre s’estime épuisé après « chaque jour » de travail, contre 17 % des spécialistes. Et près de la moitié des médecins reconnaissent avoir « un symptôme somatique qui aurait dû [les] amener à consulter sans l’avoir fait depuis quelque temps ». Mais rassurons-nous : ils sont plus de sept sur dix à avoir effectué un bilan de santé (dépistage, examen de contrôle) dans les deux dernières années.
Près d’un praticien sur deux est en situation d’épuisement professionnel
Des actions sont menées : chantier ministériel en cours, montée en puissance de dispositifs d’écoute et de soutien psychologique ainsi que des maisons dédiées de SPS (Institut pour la santé des soignants), intégration de modules sur les risques psychosociaux dans plusieurs filières santé... Mais ces mesures peinent à contrecarrer les effets de la pression grandissante dans un contexte de pénurie médicale. Le bras de fer entre les libéraux et le gouvernement en ce début d’année n’ayant sûrement pas contribué à faire baisser la tension.
Alors, comment améliorer la prévention pour les soignants ? Si l’étude de l’URPS montre des signes positifs au niveau individuel, une équipe de l’École des hautes études en santé publique propose de changer d’angle d’attaque dans les établissements de santé. Le projet Valoris s’est intéressé au coût de la mauvaise santé des équipes pour inciter les dirigeants d’hôpitaux à investir dans la prévention. Par exemple, l’absence d’un médecin dans un service de chirurgie (hors cardiaque) entraînerait un surcoût de près de deux fois son salaire en termes de productivité et de près de 50 % sur la qualité des soins. Raison de plus pour préserver sa santé ?
Débat
La médecine salariée, solution aux déserts médicaux ?
Enquête flash : oui à une clause de conscience explicite pour l’aide à mourir
C’est vous qui le dites
Notation sur le net : « Ce sont les patients irrespectueux qui prennent la plume »
Un généraliste de 79 ans raconte sa garde à vue pour refus de réquisition