Les patients en situation de précarité, notamment ceux qui bénéficient de la CMU-C, sont victimes de représentations médicales stéréotypées, selon une étude publiée le 3 avril dernier par le Défenseur des droits. Réalisée par le laboratoire LEPS de l'université Paris XIII à la demande du Défenseur des droits, cette étude a été réalisée d'après des entretiens auprès de 50 praticiens. Cet échantillon comprend 10 chirurgiens-dentistes, 20 médecins spécialistes et 18 médecins généralistes exerçant dans plusieurs régions (Île-de-France, PACA, Rhône-Alpes, Nord, Bretagne et Bourgogne).
CMU égale patient pauvre
Plusieurs constats ont été établis. La catégorie des patients CMUs est très utilisée par les praticiens, ce qui revient à désigner les personnes pauvres de leur patientèle. « On dit les CMU comme on dit les obèses, les borgnes, les machins... ce qui n'est pas très joli non plus », explique une pédiatre. Explication, la loi CMU*, selon l'étude, a contribué à rendre visible sur le plan administratif la situation financière des individus.
« Allez vous faire soigner ailleurs »
Autre donnée, les catégories de patients précaires et CMUs se superposent fréquemment. Ainsi, à ces derniers sont souvent associés des préjugés caractérisant traditionnellement les personnes en situation de pauvreté, soupçons de fraudes, anticipation de difficultés de suivi spécifiques à ces personnes qui seraient de mauvais patients, souvent sujets à des retards et surconsommateurs de soins. Leur profil serait celui de patients ayant un rapport aux soins particulier, consultant majoritairement en situation d'urgence, éprouvant des difficultés à s'approprier la maladie, renonçant souvent aux soins. En témoigne un dentiste ayant participé à l'étude : « Ce ne sont pas toujours des gens faciles à soigner. Ils sont très exigeants et ne veulent surtout pas payer. Ceux parmi cette population qui ne sont pas gentils, on leur dit "Allez vous faire soigner ailleurs."» Certains praticiens orientent alors ces patients vers le secteur public. Le Défenseur des droits conclut sur ce point. Lorsque le renvoi vers d'autres soignants ou d'autres types de prise en charge ne s'appuie que sur des préjugés et non sur des critères médicaux, il s'agit de discriminations.
Testing national
Le Défenseur des droits n'en est pas à sa première enquête sur ce sujet. Il préconise maintenant de réaliser un testing national et de préciser les types de soins illégaux dans le code de santé publique. Il suggère également de demander à l'assurance maladie de recenser les praticiens ne respectant pas les tarifs Sécu applicables aux bénéficiaires de la CMU-C ou de l'ACS.
* Loi N°99-641 du 27 juillet 1999 portant création d'une couverture maladie universelle.
Consulter l'étude : http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/atoms/files/etudes…
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