L'épidémie de chikungunya est « généralisée sur tout le territoire » de La Réunion, où plus de 4 000 nouveaux cas ont été déclarés en une semaine, ont annoncé ce 26 mars les autorités de l'île française de l'océan Indien.
« L'épidémie de chikungunya est à présent généralisée sur tout le territoire et poursuit sa progression. Du 10 au 16 mars, 4 156 nouveaux cas ont été déclarés, soit une hausse de 16 % par rapport à la semaine précédente », ont indiqué dans un communiqué commun la préfecture et l’agence régionale de santé (ARS) de l'île.
« À ce jour, 15 cas graves ont été signalés dont huit adultes et sept nouveau-nés », précise le communiqué de l’ARS qui signale que l'activité dans les services d'urgence est en hausse, passant de 78 passages la semaine précédente à 128 durant la semaine du 10 au 16 mars.
Les autorités sanitaires avaient annoncé le 21 mars les deux premiers décès dus à cette maladie transmise par le moustique tigre, deux personnes âgées de 86 et 96 ans, dont l'une présentait des comorbidités.
Depuis août 2024, date du déclenchement de l'épidémie à La Réunion, 13 594 cas ont été signalés. Mais « on sait que lorsqu’il y a un cas confirmé, on peut avoir deux, trois, voire quatre fois plus de cas déclarés en réalité », reconnaît auprès de nos confrères de France Info le Pr Xavier Deparis, directeur de la veille et de la sécurité sanitaire à l’ARS de La Réunion.
Des laboratoires saturés
« Tout le monde ne va pas voir son médecin, même en étant malade, et la prescription d’un bilan biologique n’est pas automatique », ajoute-t-il, sachant que les laboratoires d’analyses médicales de l’île sont quasiment arrivés à saturation avec près de 20 000 demandes de prélèvements par semaine. « Aujourd’hui, l’objectif est de limiter l’examen biologique aux personnes à risque pour confirmer le diagnostic du chikungunya », explique-t-il, les personnes à risque étant celles hospitalisées, les personnes âgées avec facteurs de comorbidités, les femmes enceintes et les enfants.
À Mayotte, autre île française de l'océan Indien située à un millier de kilomètres au nord, les autorités sanitaires ont annoncé que deux nouveaux cas avaient été enregistrés, dont un autochtone, portant à quatre le nombre de cas.
L'ARS Mayotte a annoncé le déclenchement du niveau 2A du plan Orsec à Mayotte, impliquant « une surveillance accrue de la situation épidémiologique, et des mesures destinées à prévenir une circulation virale plus active sur le territoire », particulièrement vulnérable en raison de la pauvreté et la promiscuité dans laquelle vit une partie de la population.
Une épidémie a priori pas aussi sévère qu’en 2005
Face à l'épidémie, le groupe pharmaceutique franco-autrichien Valneva a annoncé le 24 mars qu'il fournirait à La Réunion, à compter de début avril, 40 000 doses de son vaccin Ixchiq, prises en charge par les autorités sanitaires.
La Haute Autorité de santé avait recommandé début mars de vacciner en priorité les seniors de plus de 65 ans, les adultes avec des comorbidités (hypertension artérielle, diabète, maladies cardiovasculaires, etc.) et les agents de lutte anti-moustique.
L'impact de la maladie reste pour l'instant loin de celui de l'épidémie de 2005-2006, qui avait touché 260 000 personnes - un tiers de la population - et tué 225 personnes.
Selon Patrick Mavingui, infectiologue et chercheur au CNRS basé à La Réunion, les projections prévoient un pic fin avril. « Il va y avoir encore une dynamique forte de transmission d'ici là », a-t-il indiqué à l'AFP.
« Nous arrivons à un niveau épidémique qui appelle la vigilance et l'action. Les semaines les plus délicates sont celles qui arrivent », a reconnu le 25 mars devant la délégation aux outre-mer de l'Assemblée nationale le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, ajoutant qu'il se rendrait sur l'île début avril.
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