La fin de vie en débat

L’évaluation des pratiques est nécessaire

Publié le 21/06/2012
Article réservé aux abonnés
1340241121359627_IMG_86517_HR.jpg

1340241121359627_IMG_86517_HR.jpg

1340241122359640_IMG_86523_HR.jpg

1340241122359640_IMG_86523_HR.jpg
Crédit photo : S TOUBON

APRÈS CINQ JOURS de débat, les participants au congrès annuel de la Fédération mondiale des associations pour le droit de mourir, qui s’est tenu à Zurich, en Suisse, ont appelé à « briser le tabou de la mort » afin d’évoquer plus librement l’accompagnement en fin de vie qui reste difficile dans de nombreux pays européens. En Suisse où le suicide assisté est autorisé sous certaines conditions, certains estiment toutefois que cet acte doit rester une exception. « Il faut d’abord étudier toutes les alternatives », conseille le procureur général de Zurich, Andreas Brunner.

En Belgique, dix ans après la dépénalisation de l’euthanasie, un collectif d’une quarantaine de médecins belges met en garde contre une telle réponse législative. Dans une tribune publiée dans le quotidien La libre Belgique, les médecins estiment que cette légalisation influe « sur le tissu social et sur notre conception sociétale de la médecine ». « Elle transgresse un interdit fondateur et affecte en cela même les bases de notre démocratie, en délimitant une classe de citoyens à qui on peut donner la mort avec l’aval de la société ». Selon les signataires, l’euthanasie a dégradé la confiance au sein des familles, a instillé de la méfiance à l’égard des médecins et a fragilisé les personnes les plus vulnérables qui, « sous l’effet de diverses pressions, conscientes ou inconscientes, peuvent se croire moralement obligées d’exprimer une demande d’euthanasie ». C’est une « boîte de Pandore » que la Belgique a ouvert, indiquent-ils en ajoutant que les « dérives envisagées il y a dix ans sont aujourd’hui devenues une réalité ». Ils appellent in fine à « une évaluation objective et courageuse de la loi ».

Un interdit social et moral.

« Non, mourir dans la dignité, ce n’est pas être supprimé par une piqûre létale ,» estime également l’Académie catholique de France qui reconnaît toutefois que la fin de vie est « encore dans notre pays trop souvent maltraitée ». Dans la plupart des cas observés, indique-t-elle, « les demandes d’euthanasie résultent de la méconnaissance par le patient en fin de vie ou par ses proches des possibilités de soulagement par les soins palliatifs, ou encore des insuffisances dans la prise en charge par l’institution médicale et par la famille ». « Il est remarquable que le nombre des demandes d’euthanasie diminue de facto aussitôt que les mesures d’accompagnement appropriées sont mises en œuvre ». L’académie considère que l’autorisation par la loi civile de la pratique de l’euthanasie lèverait « un interdit social et moral fondamental, pilier de toute société avancée : "Tu ne tueras pas" et pourrait engendrer de nombreuses dérives ».

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande a envisagé une « assistance médicalisée » très encadrée pour les personnes atteintes d’une maladie incurable souhaitant « terminer leur vie dans la dignité ». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a précisé que le projet du gouvernement, qui n’arrivera pas avant 2013, consisterait à « perfectionner la loi Leonetti » sur la fin de vie.

Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), s’est félicité, de son côté, de voir apparaître des initiatives parlementaires visant à mettre en œuvre la proposition du chef de l’État. Après la proposition déposée en janvier 2012 par le sénateur de la Manche, Jean-Pierre Godefroy, c’est celui de l’Aude, Roland Courteau, qui a déposé, mi-juin, une proposition de loi relative à l’assistance médicale pour mourir et à l’accès aux soins palliatifs. Cette nouvelle proposition de loi « réaffirme dès son titre que l’aide médicale à mourir est parfaitement compatible avec les soins palliatifs », souligne Jean-Luc Romero. Elle prévoit non seulement une clause de conscience mais aussi le recours à deux médecins pour confirmer le diagnostic de fin de vie. Jean-Luc Romero espère que « toutes les initiatives parlementaires pourront se rassembler afin de présenter à la commission des affaires sociales un texte unique, comme ce fut le cas en janvier 2011 au Sénat ». Après de vifs débats, le texte avait finalement été rejeté.

 STÉPHANIE HASENDAHL

Source : Le Quotidien du Médecin: 9146