Euthanasie en Suisse : les premières statistiques officielles

Près de 300 suicides assistés par an

Publié le 30/03/2012
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Crédit photo : AFP

Entre 1998 et 2009, « le nombre de personnes domiciliées en Suisse qui sont décédées après avoir reçu une assistance au suicide n’a cessé d’augmenter », précise l’OFS. L’Office enregistre aujourd’hui « près de 300 suicides assistés par an dans la population domiciliée en Suisse » soit une proportion de 4,8 décès sur 1 000 décès. La majorité (90 %) des personnes qui ont eu recours au suicide avait 55 ans ou plus et seulement 1 % avaient moins de 35 ans. La répartition des cas selon l’âge est similaire quel que soit le sexe de la personne sauf à partir de 55 ans où le nombre de suicides assistés est nettement plus élevé chez les femmes. Depuis 1998, tous les cantons ont enregistré au moins un cas d’assistance au suicide. Le canton de Zurich en compte le plus grand nombre avec en douze ans, 700 personnes domiciliées dans le canton, soit 5,6 pour 1 000 décès. Le canton de Genève en compte 100, soit 4,4 pour 1 000 décès.

« L’assistance au suicide est sollicitée quand la vie ne paraît plus digne d’être vécue aux yeux des personnes concernées, en raison principalement d’une maladie somatique grave », précise l’OFS. Les principales affections initiales qui ont motivé une telle démarche sont : le cancer (44 % des cas), une maladie neurodégénérative (14 %), une maladie cardiovasculaire (9 %), une maladie de l’appareil locomoteur (6 %). La dépression a été mentionnée dans 3 % des cas et la démence dans 0,3 %. L’assistance consiste à fournir « à une personne une substance létale qu’elle intègre elle-même, sans intervention extérieure, pour mettre volontairement fin à ses jours », explique l’OFS. Les premières organisations d’assistance telles qu’EXIT ou Dignitas ont vu le jour il y a une trentaine d’années en Suisse. Ces organisations fournissent une assistance au suicide dans le cadre prévu le code pénal suisse (article 115) qui stipule que « l’assistance au suicide n’est pas punissable tant qu’aucun mobile égoïste n’est présent », indique le rapport de l’OFS. À la fin du mois de juin 2011, le Conseil fédéral suisse a décidé de ne pas réglementer de manière spécifique l’assistance organisée au suicide mais d’accorder « la priorité à la prévention du suicide ».

Prévention des suicides.

Jusqu’en 1998, la Suisse ne disposait pas de données sur les suicides assistés qui étaient classés dans la catégorie des suicides par empoisonnement. Pour cette étude, les organisations d’aide au suicide ont mis leurs données à la disposition de l’OFS. L’objectif était de fournir au Conseil fédéral des bases statistiques afin de mieux définir sa politique de prévention des suicides : information sur les alternatives au suicide et promotion des soins palliatifs. En Suisse depuis 2003, si « le nombre de suicides est à peu près constant, le nombre de suicides assistés augmente régulièrement ». En 2009, on comptait 1 suicide assisté pour 4 suicides. « Durant la période allant de 2006 à 2009, les suicides assistés ont été plus nombreux que les suicides chez les personnes de 85 ans et plus », note l’OFS. Les autorités suisses craignent une augmentation des suicides en raison du vieillissement de la population. En 2009, le nombre de suicides était de 1 105 (827 hommes et 278 femmes) contre 1 400 par an au milieu des années 1990 et 1 600 par an au milieu des années 1980. « La probabilité de suicide a diminué de moitié depuis le pic de 1980 », souligne l’OFS. L’évolution est similaire chez les hommes et chez les femmes, de même que chez les jeunes et chez les personnes âgées. « La hausse des suicides chez les personnes très âgées, constatée dans des rapports antérieurs, est due au fait qu’il n’était alors pas possible de distinguer les cas de suicide des cas d’assistance au suicide », conclut l’OFS.

L’office fournit également des comparaisons internationales notamment avec la Belgique qui dispose de données bien documentées. Depuis l’entrée en vigueur en 2002 de la loi belge autorisant une assistance active au suicide contrairement à la Suisse qui n’autorise qu’une assistance passive, le nombre de cas déclarés n’a cessé d’augmenter pour s’établir à 7,9 pour 1 000 décès en 2009.

 Dr L. A.

Source : lequotidiendumedecin.fr