La polémique sur l'ampleur des mesures à prendre face à la deuxième vague épidémique continue. Alors que le tour de vis d'Olivier Véran concernant Marseille avait soulevé le mécontentement des politiques locaux, des voix médicales ont réclamé au contraire d'aller plus loin, plus vite et plus fort dans les restrictions.
Dans une tribune publiée ce week-end dans « Le JDD », un collectif de sept médecins* a demandé la mise en place de mesures « drastiques » pour éviter « une deuxième vague », qui serait selon eux « bien plus difficile à gérer pour les hôpitaux et les services de réanimation que la première ».
« Sans mesure forte pour lutter contre l'épidémie, le nombre de patients admis chaque jour en réanimation dans un mois sera d'environ 650, équivalent à celui que nous avons connu au maximum de la première vague et dépassera 1 200 mi-novembre », préviennent-ils, rappelant que des pays comme l'Espagne, Israël, le Royaume-Uni ou l'Italie ont déjà mis en œuvre des mesures « allant pour certains jusqu'au confinement ». « La situation sanitaire de la France n'est pas différente de celle de ces pays. Aussi c'est dès maintenant qu'il faut agir vite et fort », alertent les sept signataires.
Respect strict
Ils demandent à ce que « partout, et à tout instant », les mesures annoncées par le gouvernement s'accompagnent « d'un respect strict du port du masque et des mesures barrières » et que soient suspendues toutes les activités où cela n'est pas possible. « Les bars et restaurants doivent respecter strictement les heures de fermeture décidées par le gouvernement et appliquer strictement les mesures barrières : le masque doit y être porté en permanence sauf lors des consommations effectives », ajoutent-ils.
« Appliquées dès ce week-end et maintenues pendant deux à trois semaines, ces mesures pourraient ramener le niveau de l'épidémie à celui que nous avons connu en juin dernier », concluent-ils, ajoutant qu'elles permettront de passer « des vacances de la Toussaint sereines ».
Soignants « épuisés »
Cet appel collectif complète et amplifie les propos alarmistes du Dr Patrick Bouet, président de l'Ordre national des médecins (CNOM), publiés également dans « Le JDD ». Le patron de l'institution ordinale affirme que la deuxième vague arrive « plus vite que nous le redoutions » et que si rien ne change, « dans trois à quatre semaines, la France va devoir affronter (...) une épidémie généralisée sur tout son territoire, sans base arrière dans laquelle puiser des renforts humains, avec un système de santé incapable de répondre à toutes les sollicitations ».
Selon le Dr Bouet, les professionnels de santé « à l'origine du miracle du printemps » ne pourront pas pallier éternellement les carences structurelles du système. « Beaucoup sont épuisés, traumatisés », souligne le généraliste de Seine-Saint-Denis, faisant état d'une situation déjà « tendue » dans les cabinets de généralistes « submergés par les demandes injustifiées de tests, de certificats pour le retour à l'école ou au travail après un Covid ».
Haro sur les technos
« Le vrai problème, c'est la technostructure du ministère de la Santé et son fameux plan blanc ! Il faut la bousculer, confronter la pratique à la théorie, tacle encore le Dr Patrick Bouet. Olivier Véran fait de son mieux mais l'intendance ministérielle ne suit pas. Il est urgent de créer un "comité de pratique", une sorte de pendant au conseil scientifique centré sur l'organisation, la logistique, le concret. Et de le doter d'une déclinaison au niveau de chaque département. Faute de quoi, c'est le SAMU et donc l'hôpital qui devra à nouveau tout gérer avec à la clé le même embouteillage qu'au printemps au 15. »
* Pr Philippe Amouyel, professeur de santé publique et Dr Luc Dauchet, maître de conférences en santé publique et médecin, tous deux au CHU de Lille ; Pr Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) ; Pr Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à Saint-Antoine (AP-HP) ; Pr Bruno Megarbane, chef du service réanimation à Lariboisière (AP-HP) ; Dr Jimmy Mohamed, médecin généraliste à Paris et Pr Christine Rouzioux, virologue, membre des Académies de médecine et de pharmacie.
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