Les électrodes solidement scotchées sur le torse et le dos, le holster ECG bien sanglé, et un masque sur le nez et la bouche pour quantifier les échanges gazeux, Paul est prêt pour une course dans le parc dans le parc d'Évry.
« Je viens faire un audit complet tous les 3 mois et cela m'aide beaucoup », sourit ce pilote de ligne suisse allemand, bichonné par les chercheurs de l'unité de biologie intégrative des adaptations à l'exercice (INSERM/Université d'Évry/Génopole) du Pr Véronique Billat et de la start-up Billatraining.
La séance dure une demi-heure : 2 fois 10 minutes à vitesse « facile », 5 minutes à vitesse « moyenne », 2 minutes à vitesse « dure » plus un sprint, le tout entrecoupé de courtes récupérations. Ici, pas de consignes de vitesse ou d'objectif. C'est au sportif de faire correspondre son effort à ces indications subjectives. « Cela leur permet de bénéficier d'un biofeedback, ajoute le Pr Billat, certains découvrent ainsi que ce qu'ils considéraient comme un rythme facile est en fait un rythme moyen au vu des données collectées. »
Force, acidose, efficacité cardiaque
Sur la base du VO2 max et du rythme cardiaque et de la tension, les chercheurs concoctent des séances d'entraînement destinées à améliorer les facteurs limitant les performances de course : force musculaire, résistance à l'acidose et efficacité cardiaque, soit la capacité à atteindre 220 battements par minute moins l'âge. Des conseils posturaux sont aussi prodigués « met ton bassin en rétroversion, et arrête d'être cambré ! », crie un des chercheurs.
Les séances sont conçues avec l'aide de l'algorithme développé avec le mathématicien Yves Meyer, de l'École normale supérieur (ENS). Outre Paul, des centaines de sportifs sont passées entre les mains de l'équipe du Pr Billat, dont 30 coureurs qui s'élanceront le 7 avril lors du Marathon de Paris. « Il s'agit pour l’essentiel de cadres supérieurs, ayant donc peu de temps pour s'entraîner, explique le Pr Billat, et qui se préparent depuis noël dernier. Une application mobile les renseignera en permanence sur leur temps et leur vitesse de passage idéale afin de battre leur record. »
La préhistoire de la médecine d'entraînement
Si les outils sont de plus en plus performants pour monitorer une course, la médecine de l'entraînement n'est qu'à sa préhistoire. « Historiquement, la physiologie s'est construite autour de l'Homme normal, non malade mais sédentaire, raconte le Pr Billat, or, en dessous de 10 000 pas par jour, soit 7 km, notre corps va enclencher des mécanismes anti inflammatoires. Ce n'est donc pas un bon modèle de base. »
Il a par exemple longtemps été admis que le volume d'éjection systolique n'augmente plus à partir de 50 % du VO2 max. Depuis qu'il est possible de mesurer le débit cardiaque par impédance, les chercheurs savent que le volume d'éjection systolique poursuit sa progression jusqu'à 100 % du VO2 max chez un sportif bien entraîné.
Varier la foulée
Le principal risque de blessure contre lesquels luttent les chercheurs d'Évry est la monotonie des courses. « Si on court à 12 à l'heure avec un écart type de 1 km/h, on a plus de risque de blessure que si la vitesse varie entre 10 et 20 km/h, explique le Pr Billat, il faut travailler à plusieurs couples de force-vitesse et d'angulation. » Lors du marathon, un rythme de course fluctuant, avec des vagues de vitesse successives, sera proposé aux coureurs. Les programmes s'efforcent aussi de lutter contre le mythe du « no pain, non gain », selon lequel il faut courir longtemps et souffrir pour s'améliorer.
Pour remédier à la raréfaction des deniers publics, et payer des bourses de thèses et des contrats CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la Recherche) cette cégétiste convaincue a créé l'entreprise Billatraining installée dans les locaux de l'université. Billatraining facture 150 euros par mois les programme individualisés d'entraînement à des coureurs comme Paul. Une nouvelle société sera bientôt fondée en vue d'une exploitation industrielle de l'expérience accumulée : l'institut LIFE. Il sera notamment possible d'y tester du matériel de course.
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