Alors qu'elles sont de plus en plus nombreuses à embrasser une carrière médicale – l'Ordre anticipe la totale parité de la profession en 2020– les femmes doivent surmonter de nombreux obstacles pour occuper les postes à responsabilité.
Plusieurs d'entre elles ont témoigné des difficultés qu'elles ont pu rencontrer dans leur carrière, lors d'un débat intitulé Quoi de neuf, docteure ?*, organisé la semaine dernière à Paris.
Les femmes représentent aujourd'hui 47 % des médecins en activité régulière contre 38 % en 2007. Elles sont 61 % chez les moins de 40 ans et 60 % à 70 % des étudiants en médecine sont des étudiantes.
Pourtant, les clichés perdurent. Les femmes soignantes seraient prédestinées à certaines spécialités comme la pédiatrie – où elles sont en effet plus de 70 % – ou la gynécologie (62 %) tandis que d'autres disciplines, comme la chirurgie – qui compte plus de 60 % d'hommes à l'hôpital, 80 % en libéral – ne seraient pas faites pour elles. « Des internes qui choisissent chirurgie après les ECN entendent encore parfois des réflexions comme « ce n'est pas un métier pour les femmes » ou « c'est très physique », constate Olivier le Pennetier, président de l'Intersyndicat national des internes (ISNI), qui a lancé une enquête sur le sexisme dans les études médicales. Il faut casser ces clichés, qui freinent les jeunes femmes à choisir certaines spécialités, voire qui les poussent à les reproduire une fois médecin. »
L'image d'Épinal du médecin « homme » persiste également chez les patients, dont le regard diffère selon le genre du praticien. « Lors de mes études à l'Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP – HM), nombreux étaient les patients qui pensaient que j'étais l'infirmière ou la secrétaire, témoigne une femme dans la salle. Certains s'étaient même plaints, car au bout de plusieurs consultations, ils pensaient n'avoir toujours pas vu de médecin ! »
Un Ordre encore très masculin
C'est surtout dans les hautes instances médicales que les femmes sont encore peu représentées. Par exemple, en 2014, elles n'étaient que 25 % des professeurs des universités – praticiens hospitaliers (PU – PH), selon les chiffres du Centre national de gestion (CNG). De même, 77 % des présidents de CME sont des hommes et sur 37 facultés de médecine, seulement quatre ont pour doyen une femme. « La représentation des "sachants" est importante, il n'est pas normal qu'elle soit si masculine, reconnaît elle-même la ministre de la Santé, le Pr Agnès Buzyn, invitée à clôturer le forum. J'ai été recrutée dans diverses institutions hospitalo-universitaires et à chaque fois, tous les membres du jury étaient des hommes. »
Quant à l'Ordre national des médecins, il est lui aussi encore bien loin de la parité : sur 54 conseillers ordinaux élus, cinq sont des femmes… « L'année dernière, lorsque j'ai dû voter pour la première fois pour un conseiller ordinal, j'ai été dépitée de voir qu'il n'y avait quasiment que des hommes », raconte une jeune généraliste parisienne fraîchement installée – qui milite par ailleurs pour se faire appeler « Docteure ». Cette situation devrait bientôt évoluer puisqu'une ordonnance a été prise récemment pour que tous les ordres professionnels deviennent paritaires, a rappelé Agnès Buzyn.
Mêmes qualités
Une chose est sûre, pour les participants, cette féminisation de la médecine n'en a en revanche pas bouleversé la pratique. « Femme ou homme, nous avons en commun la même formation universitaire et nous devons tous avoir les qualités qui sont attendues d'un médecin, c'est-à-dire la compétence, l'écoute, la réorientation, l'information », assure le Pr Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique à l'Institut Curie. « Tous les médecins, qu'ils soient hommes ou femmes, doivent avoir de l'empathie et de la douceur, et heureusement pour les droits des patients », poursuit Claire Compagnon, inspectrice générale des affaires sociales et ex-représentante des patients à AIDES et à la Ligue contre le cancer.
Quant aux envies de concilier vie professionnelle et vie personnelle, de travailler moins, d'être salarié, « tout ceci n'est pas l'apanage des femmes », fait valoir le Dr Sophie Augros, présidente du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR). « Ce n'est pas à cause des femmes, qui se tournent plus vers le salariat que les déserts médicaux existent, c'est avant tout un changement générationnel », conclut le Dr Augros. En médecine comme ailleurs, les stéréotypes ont décidément la peau dure…
* Forum « Quoi de neuf docteure ? », organisé par « Libération » et le groupe MNH, le 11 octobre dernier, à Paris.
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