Un autre président de la commission européenne ?

Bataille autour de Barroso

Publié le 11/06/2009
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Crédit photo : AFP

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Crédit photo : AFP

JOSÉ MANUEL BARROSO est cet ancien premier ministre portugais qui, avec l’Espagnol José Maria Aznar, a donné, lors d’un sommet aux Açores en 2003, une caution européenne à George W. Bush pour son invasion de l’Irak. À ce titre, il a soulevé une antipathie qui ne l’a pas empêché d’être désigné par les gouvernements européens, en 2004, comme président de la Commission. Et le Parlement européen d’alors a avalisé cette désignation. Âgé de 53 ans, M. Barroso est dénoncé par la gauche par le qualificatif d’« ultralibéral », considéré comme la pire des insultes par les forces favorables à l’économie régulée ou dirigée. Le président de la Commission vient du maoïsme mais il a eu le temps d’étudier et d’adopter le système de l’économie de marché. Il est certain qu’il a donné un élan à la compétitivité en Europe et qu’il n’a pas lutté contre la mondialisation et le délocalisations. Ultra ou non, c’est sans nul doute un libéral.

« Stop Barroso ».

Le problème, pour ceux qui l’attaquent, c’est qu’ils ne sont pas parvenus à constituer un front majoritaire contre lui lors des élections récentes élections européennes. Le président tchèque de l’Europe lui a offert un second mandat avant même le résultat du scrutin. Un conseil des gouvernements européens, qui se tient les 18 et 19 juin, devrait donc le désigner pour son nouveau mandat et soumettra son nom au Parlement. La gauche et les Verts ne l’entendent pas de cette oreille, qui ont lancé une campagne intitulée « Stop Barroso », un peu comme si l’élégant et souvent neutre Barroso présentait une tare indélébile. On complote, dans les couloirs du Parlement de Strasbourg, pour faire élire Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge. M. Verhofstadt avait déjà été pressenti en 2004, mais il avait dû affronter le Britannique Chris Patten et c’est un peu pour ne mécontenter personne que M. Barroso fut choisi. Il est bien peu probable que la petite cabale montée par le Danois Poul Nyrup Rasmussen, président des socialistes au Parlement européen, puisse aboutir, même avec le soutien des Verts qui arrivent en force.

M. Barroso, en effet, a obtenu le soutien de quelques gouvernements importants, dont ceux de l’Allemagne et de la France, qui ne veulent pas que leur choix soit dicté par une opposition défaite aux récentes élections. Le mandat actuel de M. Barroso expire en novembre et donc, s’il est élu, ce sera jusqu’en novembre 2014.

M. Barroso ne mérite pas la bataille idéologique que son nom soulève. Quoi qu’en dise la gauche, il n’existe aucune force majoritaire dans les instances européennes qui veuille construire une Europe « plus sociale » et moins mondialiste. On peut même dire qu’une telle force existe encore moins qu’avant les élections européennes. À notre avis, la question porte moins sur les choix socio-économiques de l’Union européenne que sur son renforcement, lequel passe par la ratification du traité de Lisbonne, dont l’un des grands axes est la création d’une présidence permanente européenne. Si cette présidence existe un jour, le rôle du président de la Commission sera moins important, plus technique et moins politique.

C’est en l’absence d’une direction politique pendant les cinq ans de son premier mandat que M. Barroso aurait dû prendre des initiatives. Sans doute désireux d’assurer les équilibres entre des gouvernements qui ont défendu leurs intérêts nationaux plus qu’ils n’ont accéléré l’intégration de l’UE, M. Barroso n’a su jouer qu’un rôle mineur.

Il a mal géré la crise.

On s’en serait à peine rendu compte si l’Europe, l’an dernier, n’avait été gagnée par la récession venue des États-Unis. Pour une part, le président de la Commission a été gagné de vitesse par un Nicolas Sarkozy, alors président des 27, qui a été extrêmement actif et a d’ailleurs laissé une marque positive que pratiquement personne ne lui conteste aujourd’hui. Pour une autre part, M. Barroso est plus resté dans la lignée de ses plus récents prédécesseurs comme le Luxembourgeois Jacques Santer et l’Italien Romano Prodi, personnages compétents mais un peu trop calmes, qu’il n’a eu le souffle politique d’un Jacques Delors, formidable forgeron de l’Acte unique et donc, par la suite, de l’euro. M. Delors a largement démontré que, en dépit d’un mandat très circonscrit, un président de la Commission européenne peut jouer un rôle historique. Enfin, M. Barroso est resté à la traîne du pragmatisme de M. Sarkozy peut-être parce que son libéralisme lui a interdit une telle audace.

La reconduction du mandat de M. Barroso n’est donc acceptable que si le traité de Lisbonne est enfin adopté (il faut, et ce n’est pas simple, demander aux Irlandais de procéder à un nouveau référendum, alors qu’ils ont déjà dit non) et que si est choisi un président très politique de l’Union européenne pour trente mois. On pense à Tony Blair et à d’autres, mais il est indispensable que l’homme ait une vision. L’Europe n’avancera pas si elle se contente d’expédier les affaires courantes.

RICHARD LISCIA

Source : lequotidiendumedecin.fr