La vaccination des personnes en situation de grande précarité, hébergées ou à la rue, comme celle des salariés et bénévoles des associations qui les accompagnent, n’est pas prévue avant mars/avril, lors de la phase 4 du calendrier défini par la Haute Autorité de santé (HAS). Malgré leurs vulnérabilités, leurs comorbidités et leur espérance de vie réduite, « ces publics ne sont pas considérés comme prioritaires, regrette Florent Guéguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), qui regroupe plus de 800 associations. Une situation de grande exclusion n’est pas un critère en soi dans la stratégie vaccinale ».
Seuls les résidents des foyers de travailleurs migrants, où la première vague de l’épidémie a fait des ravages, peuvent déjà, au même titre que les résidents d’Ehpad, les plus de 75 ans et les soignants de plus de 50 ans, accéder à la vaccination. « Les personnes travaillant dans les structures collectives d’accueil ne sont pas prioritaires non plus, alors même que ces lieux, souvent peu adaptés au respect des gestes barrières, sont à risque », poursuit le responsable associatif.
Une campagne « d'aller vers »
Les organisations qu’il représente appellent à l’accélération du calendrier pour ces publics prioritaires. L’enjeu est également d’anticiper et de préparer la campagne vaccinale pour une population éloignée de l’offre de soins. « Pour les personnes hébergées ou à la rue, il ne suffit pas de décréter la vaccination, rappelle Florent Guéguen. Il faut aller vers ces publics pour les informer, recueillir le consentement et pratiquer la vaccination ».
En théorie, les personnes hébergées ou à la rue de plus de 75 ans peuvent déjà accéder à la vaccination. Mais, dans les faits, « le parcours d’accès aux centres de vaccination est complexe pour ces populations », souligne le directeur de la FAS. Selon lui, la solution pourrait venir des équipes mobiles sanitaires déployées lors du premier confinement au printemps.
Alors que les centres d’hébergement ne disposent pas de professionnels de santé, ces équipes mobiles pourraient remplir ce rôle de sensibilisation. Et pour les publics encore à la rue, souvent plus marginalisés et éloignés des soins que les populations hébergées, ce sera « essentiel », d’autant que l’efficacité de la vaccination dépendra du suivi et de l’administration de la deuxième dose du vaccin.
« Le déploiement d’équipes sanitaires mobiles et l’accès aux soins dans les centres d’hébergement doivent être poursuivis », juge Florent Guéguen, qui salue malgré tout l’effort de l’État en faveur des grands précaires depuis le début de la crise sanitaire. Après la sidération des premières semaines, tant du côté des autorités que des associations, dont les effectifs ont fondu (salariés malades, retrait des bénévoles, locaux inadaptés), un « effort important » a été mis en œuvre, souligne-t-il. « Il n’y a jamais eu autant de personnes hébergées en France ».
La crainte de remise à la rue sans solution de logement
Actuellement, 200 000 places d’hébergement sont ouvertes pour les personnes à la rue, soit 40 000 de plus que lors du premier confinement. Mais les solutions restent « temporaires et précaires », relève l’associatif, une partie de ces places étant des nuitées d’hôtel. Et cet effort n'a pas permis la mise à l'abri des « grands marginaux », souvent des hommes seuls et isolés, souffrant d'addictions et de troubles psychiatriques.
De plus, alors que le budget fixé par l’État ne permet la pérennisation que de 14 000 places d’hébergement (sur les 40 000 supplémentaires créées), l’inquiétude grandit à l’approche de la fin de la trêve hivernale le 31 mars, qui correspond à la fermeture de certains centres hébergement d’urgence et à la reprise des expulsions locatives. La question d’un nouveau report de la fin de la trêve hivernale n’est pas encore tranchée, alors que les expulsions menacent de plus en plus de foyers fragilisés par un durcissement de la crise économique.
Mis à jour le 1er février.
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