ON RACONTE que Jean-François Kahn, naguère journaliste, aujourd’hui candidat MoDem aux élections européennes, demande, dans ses meetings si quelqu’un, dans l’assistance, peut lui citerune seule des réformes de Sarkozy. Ses interlocuteurs resteraient muets. Il n’est pourtant pas difficile de mentionner le RSA (revenu de solidarité active), réforme majeure du quinquennat ; ou celle de la carte judiciaire, en dépit des résistances énormes qu’elle a soulevées ; ou la réforme de la Constitution, votée à une voix près, mais qui est achevée ; ou l’autonomie des universités qui, certes, par le blocage qu’elle a entraîné, risque, à terme, de rester lettre morte ; ou la fusion de l’ANPE et des Assedic, qui est faite, mais a provoqué un chaos parce qu’elle a coïncidé avec un afflux de chômeurs sans précédent à cause de la crise mondiale ; ou encore le service minimum, qui fonctionne tant bien que mal. Et il y en a d’autres.
Deux écueils.
Ce petit tour d’horizon montre que le gouvernement a été, pendant deux ans, extraordinairement actif, comme aucun gouvernement avant lui ; que certaines réformes sont tellement contestées qu’elles risquent de ne pas être apliquées ; et qu’il existe sans doute une majorité de Français qui ne veulent rien savoir de ce que M. Sarkozy a entrepris et se passeraient fort bien de toutes les réfomes. La vraie question, en somme, est de savoir si les Français sont prêts, ou seront prêts, quand l’échéance arrivera, à entériner ou à rejeter les réformes sarkoziennes. Il faut se méfier des analyses politiques auxquelles le peuple livre. Elles sont moins déterminées par l’ensemble de l’action gouvernementale que parce que ce qui s’est produit pendant les derniers mois du mandat présidentiel. Nous n’en sommes pas là.
Nicolas Sarkozy, pendant ces deux ans, aura été victime, successivement, de ses travers personnels et de la crise. Il aurait été infiniment mieux compris s’il n’avait alimenté, par son comportement, la critique la plus violente qu’un président ait inspirée depuis fort longtemps. Dès le soir de son élection, son rendez-vous au Fouquet’s avec les gens les plus riches de France, puis ses vacances de trois jours sur un bateau appartenant à un autre des puissants de ce monde, puis l’étalage de son différend avec Cécilia et le divorce qui s’en est suivi, puis un mariage qus’il a fêté avec une sorte de jubilation excessive, comme s’il se vengeait de Cécilia et qu’il s’intéressait beaucoup plus à son sort personnel qu’à celui du peuple qu’il est censé servir, tout cela a porté un coup sévère à sa réputation.
On l’a dit excessif, et même fou ; on a dénoncé, comme le fait aujourd’hui François Bayrou, sa relation avec l’argent, bien que, le concernant, il n’y ait pas le moindre parfum des scandales des présidences précédentes. La somme des jugements négatifs qui pleuvent sur lui comme des hallebardes a un impact politique. C’est son jugement qui est mis en cause, son état d’esprit, et même sa capacité à réformer, dès lors que la réforme préserverait uniquement la classe supérieure.
Pourtant, il a su s’élever avec une indignation suivie de mesures contre les patrons voyous ; il a tenté, le plus souvent sans effet, de sauver des sites industriels balayés par la crise ; on ne le croit guère, mais il nous semble qu’il n’est pas indifférent au monde du travail. Il n’est pas davantage le libéral à tout crin que décrit l’opposition, l’homme qui ne croit qu’au marché. Toute sa réforme témoigne de ce qu’il croit aussi au rôle de l’État. C’est, justement, l’énorme écueil qu’il a rencontré il y a sept mois quand la crise internationale a déboulé en France comme un raz-de-marée. Non seulement elle a mis sur la paille des centaines de milliers d’ouvriers, mais elle a remis en cause une mondialisation à laquelle M. Sarkozy et nous tous étions contraints de nous adapter. Il fallait exporter, la chute des exportations ruine aujourd’hui la grande Allemagne ; il fallait alléger le poids de l’État, c’est grâce à l’État et à nos prestations sociales que nous souffrons moins que d’autres de la crise ; il fallait réduire le nombre d’emplois publics pour favoriser la création d’emplois dans le privé, mais aujourd’hui le secteur public représente un bastion invulnérable.
Pas convenable.
Que personne n’ait prévu ce séisme n’empêche pas l’opposition sous toutes ses formes, de Bayrou à Besancenot en passant par Aubry ou Royal, de triompher, en attribuant nos malheurs à la gestion du pays par le gouvernement. À quoi s’ajoute un harcèlement particulier que M. Sarkozy mériterait parce qu’il ne serait pas convenable ; il ne serait pas digne, ce président qui va en Afrique regretter que l’homme africain ait tardé à entrer dans l’histoire ; il ne serait pas digne parce qu’il s’est remarié en plein mandat ; il ne serait pas digne parce qu’il dit : « Casse-toi, pauvre con » à un individu qui le nargue pendant une visite. Non, il ne l’est pas. Mais il commence à s’amender et, si on veut bien voir, ce ne sont que peccadilles par rapport aux écoutes téléphoniques illégales ou aux soupçons d’enrichissement personnel d’autrefois. On retiendra en revanche l’accusation d’abus de pouvoir dans la nomination du P-DG de la télévision publique par l’Élysée, qui correspond à une atteinte à la liberté d’expression. On dirait, en quelque sorte, que nul n’est parfait s’il ne fallait reconnaître que M. Sarkozy est très imparfait ; et que, en donnant prise aux injures qu’a déclenchées son comportement, il fait peser un grave soupçon sur une réforme qui, à nos yeux, demeure indispensable et que personne, avant lui, n’a eu le courage de conduire. Nous ne sommes pas intéressés par le destin personnel du chef de l’État, mais par l’espoir d’un redressement du pays.
Sarkozy le 6 mai 2007
ON DIRAIT QUE NUL N’EST PARFAIT SI M. SARKOZY N’ÉTAIT TRÈS IMPARFAIT
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention