LA SOUFFRANCE au travail, aggravée par la crise qui rebondit, fait redouter une recrudescence de la violence en entreprise, craignent plusieurs experts réunis à l’occasion de la 2e journée nationale de l’Écoute organisée mardi dernier, à Paris, par S.O.S Amitié. « D’une manière générale, on sait que les crises ont des conséquences dramatiques sur le moral. En 2008, la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, avait déjà lancé une alerte sur les conséquences de la crise, qui entraîne plus de stress, de dépressions et de suicides », rappelle l’ex-médecin urgentiste Philippe Rodet, aujourd’hui reconverti dans le conseil aux entreprises.
Ce spécialiste du stress, auteur de nombreux livres*, redoute aujourd’hui la conjonction de deux crises successives, une première dans l’histoire : « On est tous très inquiets », confirme-t-il au Quotidien. « On sait, depuis 1929, que les dégâts sont les plus importants trois ans après la crise. Nous sommes donc dans une zone dangereuse. » L’un des intervenants de la journée de S.O.S Amitié, Jean-Claude Delgènes – dont le cabinet Technologia a été mandaté par la direction de France Télécom pour prévenir les suicides dans l’entreprise – estime que le travail est « de plus en plus maltraitant, de plus en plus subi ». Or, souligne l’expert, certaines entreprises jugent que la lutte contre les risques psychosociaux est moins une priorité en temps de crise. Après l’apparition de « suicides quasiment militants », il n’hésite pas à dire qu’« on va vers des homicides en entreprise ».
« Je suis assez proche de penser qu’il a raison », convient le Dr Rodet en imaginant, plutôt l’action menaçante d’un client d’une banque, par exemple. Récemment, un chômeur a menacé de se suicider dans une agence parisienne de Pôle emploi, un autre a menacé deux responsables d’une arme factice. Face à ces agressions en forte hausse, la direction de Pôle emploi a d’ailleurs annoncé le lancement d’une grande consultation interne de ses agents.
Escalade ?
« Cette année, on a vu des personnes s’immoler pour mettre fin à leurs jours, ce qui est un signe de violence extrême. Je crains qu’il n’y ait une escalade », poursuit Philippe Rodet. « Je vois beaucoup de personnes qui ne vont pas bien en entreprise. D’un côté, les sources de stress ont augmenté et de l’autre, les facteurs de protection comme le sens et le lien social, ont diminué. Je pense qu’il va être urgent de recréer de la solidarité de proximité pour traverser la période à venir. » Cette période d’instabilité doit inciter les médecins à « être plus que jamais à l’écoute de leurs patients. On sait que parfois les personnes émettent des petits signes. Mais c’est à chacun d’entre nous d’être vigilant », souligne le médecin, citant l’exemple canadien des personnalités sentinelles, ces salariés qui tentent de repérer des personnes en souffrance afin de les inciter à consulter un médecin. « On a plus que jamais besoin de sentir qu’on n’est pas seul dans la nature. Il faut oser parler de sa souffrance et ne pas la vivre comme une faiblesse », insiste le Dr Rodet, pour qui la gratitude et les encouragements devraient être plus couramment utilisés.
Un tableau sombre en perspective, donc, éclairé peut-être par les prochaines élections présidentielles, « si de vrais sujets comme le travail sont abordés. Il faut bâtir un autre travail, source de performance pour l’entreprise, bien sûr, mais qui est en même temps un travail protecteur, qui permette une certaine qualité de vie au salarié. C’est là qu’est l’entreprise de demain. »
« Se protéger du stress et réussir, Sept leviers de motivation », Dr Philippe Rodet et Romain Bourdu, Ed. Eyrolles, 2011.
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