QUINZE POUR CENT des adolescents vont mal et l’expriment par des conduites de ruptures radicales : fugues, suicides, automutilations, addictions aux drogues ou troubles graves des conduites alimentaires. D’autres, beaucoup plus nombreux, expriment aussi, de façon moins intense ou constante un malaise émaillé de crises que leurs parents peinent à endiguer et à comprendre. En vingt-cinq ans de pratique, ce spécialiste de l’adolescence a vu ces jeunes exprimer leur mal-être de plus en plus précocement et recourir de manière croissante à des actes de rupture ou, de manière moins dramatisée, à des looks, postures et mises en scène qui choquent les adultes, plutôt qu’à des mots pour dire leur souffrance. « Les ados qui souffrent le communiquent à travers des expositions d’apparence et de postures tranchant dans le vif des chairs et des relations à autrui. »
Si un cadre, établi par les adultes, continu d’être nécessaire à l’espace d’évolution des adolescents, encadrer n’est pas détenir, explique le psychiatre, et « tout empêchement qui par son exagération oblige le sujet à se soumettre suscite la résistance ». De fait, si nous voulons communiquer avec ces jeunes gens dont les comportements nous déstabilisent, il faut cesser de les mettre en demeure de parler pour dire « ce qui ne va pas » et de mettre leur parole en doute lorsqu’ils s’expriment de manière violente et lapidaire. Et trouver d’autres moyens.
Pour ce spécialiste, l’appétence des ados pour le numérique et ses écrans s’explique par la capacité de ses derniers à constituer à la fois des miroirs plus ou moins déformants, des surfaces de projection d’eux-mêmes et des boucliers défensifs. Dès lors, pourquoi répugner à utiliser ces outils pour aider les adolescents à s’exprimer par des voies moins destructrices que celles que son mal-être convoque ?
L’équipe du centre Abadie, en complément des thérapies plus « conventionnelles » expérimente ainsi de nouveaux supports d’expression, dessins, mise en images multiples de soi-même, conception d’avatars numériques pour établir une communication salvatrice avec ces adolescents. L’idée étant de prendre appui sur ce qui les mobilise, l’image et la métaphore, fût-elle numérique, de laisser la ou les formes exprimer le fond. D’offrir un support capable de « faire tiers » pour qu’ils s’expriment. « Les ados.com en souffrance ont des ressources insoupçonnées qui ne demandent qu’à se révéler dans l’ouverture et la création, deux balises dont j’ai fait avec mes équipes les balises de notre cadre thérapeutique », conclut le psychiatre. De nombreuses illustrations de ce projet sont présentées ici pour convaincre le lecteur.
Dr Xavier Pommereau, « Nos ados. Com en images - Comment les soigner », Odile Jacob, 295 pages, 21, 90 euros.
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention