EN 2009, la contraction de l’économie française sera de l’ordre de 2,25 % et l’on prévoit une croissance faible, de 0,75 %, en 2010. Cela signifie au moins une chose : que le chômage continuera d’augmenter cette année et l’année prochaine. Tout espoir de hausse de l’emploi est reporté au plus tôt à 2011 et encore n’est-ce pas sûr, car il est difficile de prévoir la sortie de crise : elle peut se traduire soit par une stagnation de l’économie, soit par une expansion forte. On ne voit pas comment, avec un déficit de 115 milliards d’euros en 2010, læ taux de croissance pourrait être assez élevé pour créer des emplois.
Une réforme fiscale est nécessaire.
Le plus meurtri par ce tableau presque désespérant, c’est probablement le ministre du Budget lui-même. Rigoureux, M. Wrth est profondément hostile aux déficits et à l’augmentation de la dette, laquelle pourrait atteindre plus de 80 % du PIB en 2010. Il est dans un navire dont la coque est trouée en plusieurs endroits. Aux 140 milliards du seul déficit de l’État s’ajoute le déficit du régime général de la Sécurité sociale qui va atteindre 30 milliards. Sans compter celui des collectivités locales. Le déséquilibre est si grand que même une vive augmentation des impôts ne suffirait pas à réduire sensiblement l’insuffisance des recettes (prévues entre 232 et 244 milliards, contre des dépenses de l’ordre de 352 milliards). Cependant, rien n’empêche le gouvernement de commencer par le commencement et de supprimer les niches fiscales. Une première tentative à l’Assemblée a abouti à un échec rapide, alors que l’urgence de revenir à un déficit moins lourd n’a jamais été aussi grande : le seul service de la dette, hors remboursement du capital, coûtera plus de 42 milliards alors que l’impôt sur le revenu ne rapporte que 52 milliards.
Le gouvernement a adopté comme ligne de principe la non augmentation de la pression fiscale pendant la durée de la crise. Il a théoriquement raison, en ce sens qu’une hausse des impôts contribuerait encore au ralentissement de l’économie en réduisant les dépenses des ménages. Toutefois, un projet de budget qui donne le vertige exige peut-être des dispositions un peu sévères. S’il est vrai que la plus grande partie de la population française a du mal à joindre les deux bouts, beaucoup de revenus élevés restent protégés par les multiples dégrèvements prévus par la fiscalité. La gravité du problème exigeait que le gouvernement s’attelât dès cette année à une réforme fiscale en profondeur et créât de nouveaux instruments capables d’augmenter les recettes de l’État par la hausse des prélèvements sur les revenus qui permettent non seulement de consommer mais de s’offrir le superflu. La croissance étant déterminée par le niveau de consommation (qui a baissé en juillet et en août), le fisc ne doit s’en prendre qu’à ceux qui, de toute façon et même s’ils paient plus d’impôts, ne consommeront pas moins.
Cette course effrénée vers un endettement qui, chaque année, absorbe près d’un cinquième des recettes de l’État, sans que nous puissions nourrir le moindre espoir, à moyen terme, que nous nous débarrassions de la dette, est hallucinante. Elle mérite une réflexion plus vaste. S’il est vrai qu’un budget avare aurait aggravé un chômage déjà insupportable, il n’en est pas moins vrai que notre endettement nous affaiblit économiquement et politiquement, notamment au sein de l’Europe. Quelques experts non traditionalistes font valoir, à juste titre, qu’il n’est pas sûr que les générations suivantes paieront pour nous. Nous sommes en déficit chronique depuis plus de trente ans et nous avons allègrement laissé grandir le principal de la dette sans jamais tenter de le rembourser. La génération d’aujourd’hui n’a pas payé pour celle d’il y a trente ans, et la génération suivante, si la boule de neige continue à dévaler, ne la paiera pas davantage. Il n’empêche que l’irresponsabilité nationale a atteint un niveau alarmant, même si l’on admet que la crise a été terrible, qu’elle atteint tous les pays et que d’autres pays, l’Italie, le Japon, les États-Unis, sont plus endettés que nous. De toute façon, la dette absorbe des ressources dont nous avons besoin pour nous équiper, nous moderniser, combattre le réchauffement climatique, créer des emplois, améliorer le sort des plus démunis. C’est le cas de le dire, nous sommes loin du compte.
› RICHARD LISCIA
Éric Wrth, ou l’énergie du désespoir
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