Alors qu'Olivier Véran a déclaré au micro de France Inter que la vaccination de tous les enfants pourrait démarrer ce mercredi 22 décembre - « si tout va bien » -, la Haute Autorité de santé (HAS) s'est prononcée en faveur de cet élargissement avec le vaccin de Pfizer, et ce dans un contexte de forte croissance de l'incidence des cas de Covid chez les plus jeunes. Elle suit ainsi l'avis de l'Agence européenne des médicaments du 25 novembre et celui du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) qui s'est prononcé vendredi 17 décembre sur la question.
« La HAS propose aux parents qui le souhaitent la possibilité de vacciner leur enfant dès lors que les formulations pédiatriques seront disponibles (un tiers de la dose adulte, NDLR) », a déclaré la Dr Lise Alter, directrice de l’évaluation médicale, économique et de santé publique à la HAS, précisant que cette vaccination ne doit être « ni obligatoire ni exigible ». Dans la continuité de la vaccination des 12-17 ans, la HAS suggère de prioriser les collégiens de moins de 12 ans.
La Haute Autorité avait dans un premier temps donné son feu vert à la vaccination des enfants les plus fragiles et de ceux vivant dans l'entourage d'une personne immunodéprimée ; cette campagne a commencé le 15 décembre en France. « Les formes sévères de Covid chez les enfants sont rares, mais lorsqu'elles surviennent, elles concernent à 80 % des enfants ne présentant pas de comorbidités », rappelle la Dr Alter, justifiant l'ouverture à tous les enfants.
Une diminution de la fermeture des classes attendue
Comme le CCNE, la HAS a fait du bénéfice individuel de la vaccination des enfants un élément fondamental de son avis. « Nous disposons d'un vaccin sûr et efficace à 90 % sur les formes symptomatiques, avec un rapport bénéfice/risque favorable chez les enfants, même s'il est moins important que chez les adultes », note Patricia Minaya-Flores, cheffe du service d'évaluation santé publique et des vaccins à la HAS.
Au-delà des résultats positifs de l'essai clinique mené par Pfizer, la HAS s'est notamment appuyée sur les données de pharmacovigilance américaines, très attendues et qui se sont révélées rassurantes. Les États-Unis ont commencé à vacciner les 5-11 ans début novembre, et depuis, plus de 7 millions de vaccinations ont été effectuées chez les moins de 12 ans, dont plus de 2 millions de schémas à deux doses.
« Les données américaines font état de 3 233 effets indésirables, dont 97 % sont des effets non graves, en particulier des réactions locales. Par ailleurs, huit cas avérés de myocardite ont été décrits, deux après la première dose et six après la deuxième », rapporte la Dr Alter. Pour les cinq cas où des informations étaient disponibles, les myocardites ont été résolutives. « Le risque de myocardite existe aussi après infection Covid, avec des formes plus sévères qu'en post-vaccination », insiste la Dr Alter.
La HAS a pris aussi en compte le risque de syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (PIMS) lié au Covid ainsi que le risque, encore peu documenté, de Covid long chez l'enfant.
Le bénéfice de la vaccination des 5-11 ans est aussi indirect. « Les modélisations de Vittoria Colizza (Inserm, NDLR) montrent que la vaccination des enfants apporte un bénéfice sur la prévention de la fermeture des classes, et ce à partir d'une couverture vaccinale dès 25 % », décrit Patricia Minaya-Flores. Un argument de plus pour la vaccination de tous les enfants alors qu'il a été mis en évidence les nombreux effets délétères de la fermeture des classes : impact négatif sur la santé mentale, retards scolaires, inégalités sociales accrues…
Un impact sur les vagues ultérieures
Concernant le bénéfice collectif, « les modélisations de Simon Cauchemez (Institut Pasteur, NDLR) montrent que la vaccination n'aura qu'un impact mineur sur la vague actuelle liée au variant Delta dont le pic est bientôt atteint, mais qu'elle aura un impact sur la circulation virale lors des vagues ultérieures », poursuit la Dr Alter. Un point essentiel alors qu'une sixième vague menace déjà, avec l'arrivée fulgurante du variant Omicron.
À ce sujet, les premières données montrent que « l'efficacité du vaccin à court terme face à Omicron est de 80 %, mais que cette efficacité est moins bien conservée dans le temps, atteignant 35 % à quatre mois », rapporte la Dr Alter, soulignant ainsi l'intérêt de la troisième dose associée à une efficacité de 75 %. Ces données sont toutefois à confirmer en vie réelle et chez l'enfant.
Les médecins ont un rôle de pédagogie à jouer pour favoriser l'adhésion
L'adhésion à la vaccination est un point essentiel pour espérer une diminution de la circulation virale. « Nous savons que l'adhésion est à ce jour limitée concernant la vaccination des enfants. Une enquête a montré que 62 % des parents y étaient défavorables. Nous sommes conscients qu'un long chemin de pédagogie est à faire, alors qu'une part importante des parents est en attente d'informations claires », reconnaît Patricia Minaya-Flores.
Pour mener à bien cette campagne de vaccination et fournir aux familles une information fiable, la HAS compte ainsi sur les pédiatres et les médecins traitants pour mettre en œuvre une décision médicale partagée, mais aussi sur l'Éducation nationale.
Comme c'est déjà le cas pour les adultes et les adolescents, la HAS recommande le recours à la réalisation d'un test sérologique (TROD) avant la vaccination (sauf en cas d'antécédent connu de Covid) afin de mettre en place un schéma à une dose seulement en cas de test positif. Conformément à l'autorisation de mise sur le marché, la Haute Autorité préconise un intervalle de 21 jours entre les deux doses, le cas échéant.
« La vaccination des enfants doit s'accompagner de façon importante de la poursuite des efforts concernant la vaccination des personnes encore non vaccinées et de l'intensification de la campagne de dose de rappel », souligne la Dr Alter.
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