LES ATTAQUES du pouvoir politique contre la presse ont constamment jalonné ou émaillé la vie démocratique. La liberté de la presse, pour indispensable qu’elle soit, n’en gêne pas moins les prises de décision gouvernementales. Le mieux, pour les majorités et leurs dirigeants, consiste à inclure dans leurs calculs leur exposition à des critiques qui obéissent à une forte logique, surtout dans un régime présidentiel ou semi-présidentiel : ce qui compte dans la vie du pays, ce n’est pas tant ce que dit l’opposition que ce que fait le gouvernement. Le président de la République actuel, qui a énormément d’idées et en applique pas mal, ne devrait pas être surpris par le concert de réactions qui accueille ses initiatives. Que dirait-il si la presse ne donnait aucun écho à son action ? Et si elle ne lui fait pas souvent des compliments, c’est que son rôle naturel consiste davantage à déceler ce qui ne va pas qu’à commenter positivement ce qu’elle juge fondé ou utile.
Ce sont ses choix.
Frédéric Lefevre, Dominique Paillé, Luc Chatel et Xavier Bertrand ont réagi, chacun à sa manière, agressive, douce ou lasse, aux multiples polémiques qui ont éclaté ces dernières semaines. Mais aucun journaliste n’a proposé au chef de l’État de désigner Frédéric Mitterrand comme ministre de la Culture ou de monter une opération pour mettre son fils Jean à la tête de la Défense. Ce sont ses choix et les médias ont le droit de se demander s’ils sont bons. En outre, Nicolas Sarkozy sait résister à la pression des journalistes. Il est bien rare qu’il change d’avis. M. Mitterrand n’a pas été limogé et Jean Sarkozy sera sans doute élu à la tête de l’EPAD. On ne peut donc pas dire que les médias ont une influence décisive sur le comportement du pouvoir.
Par ailleurs, la presse ne se borne pas à disséquer les actions du gouvernement ; elle n’a jamais été en retard pour démontrer les divisions de la gauche et l’ineptie de ses leaders. La plupart des journaux sont certes plutôt engagés (mais pas la radio ou la télévision, même si percent l’ironie ou le sarcasme), mais dans un régime de liberté, le public doit apprendre à se forger une opinion à partir des commentaires qu’il lit ou qu’il entend.
Assurément, l’exagération est courante : l’importance accordée à l’affaire Mitterrand n’a aucune commune mesure avec les principaux dossiers de la politique intérieure ou extérieure de la France. Et il est vrai que la presse développe des sujets secondaires pour la seule raison que les polémiques sont distrayantes tandis que les conflits sociaux ou la misère du monde sont angoissants. Le pouvoir n’ignore pas que la politique se limite de plus en plus à la sociologie des personnages qui l’animent. L’exercice du pouvoir, c’est du théâtre ou du cinéma. Et quand s’en plaignent les gens qui nous gouvernent, ils se montrent hypocrites. Car ils sont les premiers, notamment le président, à se comporter en stars. Il n’y a aucune différence entre les artistes qui posent pour les magazines pour leur intenter ensuite des procès et des hommes de pouvoir qui font tout pour attirer l’attention sur ce qu’ils font, puis le regrettent parce que leur opération de communication ne se déroule pas comme ils l’avaient prévu.
Ce qui ne veut pas dire que les journalistes soient des saints. À leur actif on mettra le déboulonnage de grandes institutions, justice, police, médecine et autres, qui n’ont pas beaucoup résisté à des reportages ou des dossiers qui en ont montré les failles. À leur passif, leur pudibonderie effarouchée quand on prétend critiquer la presse à son tour. Dans un passé récent, il y a eu des actes de presse inqualifiables, des procès médiatiques de personnages cloués au pilori avant que la preuve de leur culpabilité fût établie. Souvent, justice et presse ont été de connivence pour détruire, et avec quelle cruauté, la vie de gens jugés plus tard innocents.
LA LIBERTÉ DE LA PRESSE IMPLIQUE SA SOUMISSION AUX CRITIQUES
L’art de la provocation.
La recherche du scoop peut conduire à des abus, à de très graves erreurs, à des jugements prématurés. Par exemple, un porte-parole de la majorité, Dominique Paillé, a dénoncé l’attitude de la presse qui a prétendu que Jean Sarkozy allait être « nommé » à la tête de l’EPAD, alors qu’il ne peut être qu’« élu ». La vérité est que, au moment où l’affaire a été livrée au public, la majorité des journalistes ignorait le processus par lequel un homme ou une femme peut devenir président de l’EPAD. Et pour cause : les journalistes ne savent pas tout, ne sont pas spécialisés en tout et sont trop occupés pour lire suffisamment, encore que, de nos jours, il est facile de s’informer très vite avant de dire ou d’écrire des bêtises. On ne jettera pas la pierre aux journalistes qui exercent un métier où l’erreur est moins évitable que dans d’autres métiers, à cause même du foisonnement des sujets qu’ils ont à couvrir. Mais au moins pourraient-ils accepter la critique et la remise en cause qu’accepte tout un chacun. Les meilleurs journaux sont ceux qui corrigent le lendemain les erreurs qu’ils ont commises la veille.
Il ressort de cet ensemble d’idées que Nicolas Sarkozy ne peut pas s’en prendre à la presse alors qu’il est lui-même un provocateur-né, un homme qui ne semble éprouver du plaisir qu’en faisant des effets d’annonces, qu’en lançant de nouvelles idées et qui n’a jamais hésiter à insérer sa vie personnelle dans son action politique. Il devrait être le dernier à se plaindre d’une presse qu’il convoque souvent. Et surtout le dernier à attaquer des médias sans lesquels il ne sait pas prospérer.
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