LUNDI26 NOVEMBRE, une laborantine de 44 ans, mère de deux enfants, s’est défenestrée du 5e étage de l’hôpital de la Croix-Rousse. Prise en charge aux urgences, elle est décédée deux heures plus tard. Elle travaillait dans un petit service (5 techniciens, 2 médecins) d’exploration fonctionnelle endocrinienne et métabolique (EFEM) depuis 22 ans. Son laboratoire est le premier à devoir être transféré vers d’autres hôpitaux des hospices civiles de Lyon (HCL), le 17 décembre. Un déménagement qui s’inscrit dans la réorganisation de la biologie hospitalière décidée en mars 2012 dans le cadre du plan de retour à l’équilibre « Cap 2013 ». Les laboratoires seront regroupés par pôle : l’infectiologie à la Croix-Rousse, la biochimie, à l’Est, et l’hématologie au Sud.
Le CHSCT extraordinaire de jeudi dernier a émis un avis favorable pour la mise en œuvre d’une délégation d’enquête paritaire afin « d’évaluer l’impact du contexte professionnel dans le suicide de la salariée ». Il a surtout demandé à l’unanimité la reconnaissance du drame en accident du travail.
Incertitude.
Pour les médecins et les syndicats, il ne fait aucun doute que les conditions de travail ont précipité, sinon provoqué, le geste fatal. Selon Arlette Couzon, du syndicat Sud, les témoignages du chef de service de l’EFEM, des collègues et de la médecin du travail lors du CHSCT, vont tous dans le même sens : « elle avait le sentiment d’être menée en bateau, face à un mur, dans l’incertitude ».
La salariée était dans l’attente de se voir attribuer un nouveau poste, qui devait lui être officiellement annoncé l’après-midi du drame. Conformément à la procédure d’accompagnement social mise en place, elle avait trois choix : être mutée à l’hôpital Édouard Herriot (Est), ce qu’elle refusait, partir à Lyon sud dans une autre spécialité, ou rester à la Croix-Rousse, à mi-temps au lactarium, alors qu’elle bénéficiait d’un 80 %. « Le dispositif propose une heure d’entretien avec une conseillère condition de travail. Au total, 16 postes ont été proposés aux salariés du laboratoire », ajoute Danielle Herbelet, directrice de l’hôpital de la Croix-Rousse.
« Ce ne sont pas des vrais choix. Nous avions déjà attiré l’attention de la direction à ce sujet : la base du volontariat n’est pas respectée », dénonce Arlette Couzon. « On considère les personnes comme des équivalents temps plein, et non comme des spécialistes. Or quand on travaille pendant dix ans, on acquiert des compétences qui, hélas, ne sont pas reconnues », déplore de son côté le Dr Stéphane Picot, chef de service de l’Institut de parasitologie et mycologie médicale de la Croix-Rousse et membre du CHSCT. « En outre, le droit au remords (qui permettait de revenir sur son choix une année durant) n’existe plus : la restructuration est à marche forcée », analyse-t-il.
La direction n’est pas sourde aux critiques. « Les réorganisations déstabilisent. La procédure d’accompagnement du transfert a démarré en octobre pour décembre : c’est peut-être trop court », admet Danielle Herbelet. « Notre plan de prévention général et unique de tous nos services pour 2014 devra peut-être comporter un volet particulier », envisage-t-elle.
Devant le CHSCT, la directrice a annoncé un moratoire de 2 mois sur le transfert du service d’EFEM et la nomination d’un directeur chargé de superviser les procédures d’accompagnement social. Mais le comité d’hygiène demande plus : un moratoire sur toute la réorganisation de la biologique. La direction dit attendre les conclusions de l’enquête, d’ici 3 semaines, pour se prononcer.
Qualité en suspens.
Les syndicats restent inquiets et réclament toute la transparencesur les postes touchés. Une centaine serait menacée. « Il faut se mettre autour d’une table et obtenir une vue d’ensemble sur la restructuration », demande Catherine Bonnet de la CGT, qui s’inquiète également de l’externalisation des 850 postes d’agents des services hospitaliers (ASH). « Que ce soit moins brutal ! On nous impose des délais pour nous réorganiser mais nous n’avons aucune réponse à nos questions pratiques », renchérit le Dr Stéphane Picot.
Le biologiste s’inquiète en outre de la qualité du travail. « L’hôpital de proximité avait un sens. Désormais, quand on prélèvera un tube de sang sur un patient et qu’il faudra deux heures pour l’acheminer au bon laboratoire, on perdra en performance ». Sans compter que s’ajoute à ces restructurations la démarche nationale d’accréditation obligatoire d’ici 2016. « C’est nécessaire mais cela prend un temps considérable ».
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