NICOLAS SARKOZY gouverne à la hussarde. Depuis qu’il est à l’Élysée, il ne cesse de pratiquer l’ouverture tous azimuts. Il absorbe villiéristes et chasseurs dans la perspective des régionales. Mais il n’a pas renoncé à l’ouverture à gauche. Il va nommer Claude Évin président de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France. M. Évin s’est hâté de dire qu’il restait socialiste. On le croit sans peine. Il n’est pas n’importe lequel des membres de son parti. Il a mené la vie dure aux professions de santé quand il était ministre de la Santé. Il livrait alors son combat politique avec une fermeté proche de la férocité. Le gouvernement ne sait plus comment amener les professions libérales de santé à contribuer aux indispensables économies que doit faire une Sécurité sociale plombée par d’énormes déficits. D’où le choix de Claude Évin.
Un torrent de milliards.
En même temps, oui, M. Sarkozy, aiguillonné par l’inlassable Martin Hirsch, accepte une dépense annuelle supplémentaire de 500 millions pour que les jeunes qui ont eu un emploi et l’ont perdu reçoivent un pécule jusqu’à ce qu’ils en retrouvent un autre. Levée de boucliers chez les élus de la majorité, de plus en plus alarmés par ce qu’ils constatent sur le terrain, à savoir que leur électorat est de très mauvaise humeur. Les électeurs de droite se demandent si Sarkozy joue au jeu de « Plus à gauche que moi, tu meurs », s’il est passé dans le camp adverse, si ses ministres ex-de gauche ont plus déteint sur lui qu’il ne les a droitisés. Le projet de budget, c’est le torrent qui fait déborder le vase. Irresponsable, clament en chur les élus de droite et chefs de la gauche. Une sorte d’unanimité qui dépasse le clivage idéologique, mais qui souligne du même coup l’audace du gouvernement, incroyablement ferme devait l’adversité. Et s’il coupait dans les dépenses de l’État, qu’est-ce qui arriverait ?
Il serait bon de replacer l’hallucinant déficit budgétaire, dont n’avons pas caché ici qu’il nous semblait excessif, dans le contexte général de la récession. Les diverses mesures adoptées depuis 2008 par le gouvernement, et notamment le plan de relance de 26 milliards, ont porté leurs fruits. Le G20 de Pittsburgh a consacré les effets positifs des plans de relance adoptés en Europe, en Chine et aux États-Unis. Nous avons la mémoire courte. Il faut se souvenir de la levée de boucliers qui a accueilli chacun des mesures gouvernementales. Or il n’y a pas de doute : nous sommes en train de sortir de la récession moins d’un an après le pic de la crise. Grâce à qui, ou à quoi ? Aux lourdes dépenses de l’État français. Qui, aujourd’hui, peut nier que, si le gouvernement avait adopté un budget plus strict, il aurait tué la reprise dans l’uf ? Dans ces conditions, à quoi riment les états d’âme des uns et des autres, les craintes des élus de la majorité qui veulent garder leur emploi et les dénonciations grandiloquentes de la gauche qui eût été coupable si, étant aux affaires, elle avait adopté rigueur et austérité?
Il est plus vrai, en revanche, que M. Sarkozy est prisonnier de sa promesse de ne pas augmenter les impôts et du bouclier fiscal qui empêche l’augmentation de la fiscalité des hauts revenus des plus riches. Mais ce n’est pas ce que disent les élus de la majorité qui observent l’égoïsme de classe dans leurs circonscriptions. Le président des députés UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, entend bien que les débats budgétaires aboutissent à un infléchissement des décisions du gouvernement. Nicolas Sarkozy a pu remarquer que, depuis deux ans, M. Copé refuse obstinément de renoncer à ses prérogatives, lesquelles sont accrues par la réforme de la Constitution, qui prévoit une coopération législative entre le gouvernement et les députés. Les récentes Journées parlementaires de l’UMP ont donné lieu à un affrontement (discret) entre M. Copé et Xavier Bertrand, chef du parti, venu imposer l’évangile présidentiel.
Le sillon du pragmatisme.
Il est bon, au nom de la démocratie, que la représentation nationale amende les mesures du gouvernement ; il est bon que, de temps à autre, M. Sarkozy adopte des idées de la gauche car la crise ne mérite pas seulement un traitement technique à coups de milliards, elle exige une once de générosité à l’endroit de ceux qui souffrent ; il est bon que le gouvernement continue à creuser le sillon du pragmatisme. Nous serions naïfs si nous croyions que les divisions de la majorité menacent le gouvernement ; de même que nous serions sots si nous nous espérions une décomposition durable de la gauche. En revanche, nous devons admettre qu’une crise de cette ampleur appelle des mesures audacieuses empruntées à tous les credo. Le plus grave, face à un tel bouleversement, c’est de s’enfermer dans son idéologie. M. Sarkozy l’a bien compris qui, à sa manière à la fois impérieuse et désordonnée, pense que les bonnes idées n’ont pas de patrie. Et pas de parti.
› RICHARD LISCIA
Sarkozy, Aubry, Copé : qui est plus divisé, la droite ou la gauche ?
LES BONNES IDÉES N’ONT NI PATRIE NI PARTI
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention