PARMI 395 propositions, les 114 projets retenus percent quelques mystères sur le rôle de l’environnement ou du travail et leurs impacts sur la santé. Des conséquences clairement établies dans de grandes pathologies grâce à la mesure de l’action d’agents pathogènes et de leurs vecteurs, décrivant des méthodes et outils innovants notamment dans le domaine des biomarqueurs. Au final, ces travaux ont déjà permis de déposer deux brevets et les équipes soutenues enregistrent déjà 550 articles publiés et plus de 900 communications à l’occasion de congrès. Dans le domaine environnemental, les travaux financés ont par exemple permis de mieux caractériser les déterminants et leurs effets en renforçant les connaissances dans le domaine des allergies et des maladies respiratoires explorant notamment les répercussions neurologiques et l’impact sur la reproduction. Concernant les maladies infectieuses émergentes, ces travaux offrent de nouveaux éclairages sur les modifications environnementales contribuant à élaborer des modèles de diffusion de maladies comme le chikungunya, la peste ou encore la grippe. Ces équipes financièrement soutenues par l’ANR ont mobilisé 318 laboratoires qui, au-delà de leurs travaux scientifiques, ont mis en évidence de nouvelles dimensions humaines et sociales dans la relation santé et travail ou santé et environnement.
Une approche humaine et sociale.
Plus de la moitié des projets retenus concernaient directement le secteur de la santé et à parts égales les liens avec le monde du travail et l’impact sur l’environnement. « Les collaborations établies entre les ergonomes, les épidémiologistes et les médecins aboutissent cette année à des conclusions déterminantes sur les troubles en santé au travail », insiste Denis Hemon. Parmi les conclusions présentées récemment, la sociologue Carole Gayet-Viaut qui exerce au centre d’études des mouvements sociaux a mis en avant « les récents progrès enregistrés dans notre connaissance des conditions de mobilisation et des seuils de tolérance et de résistance des salariées victimes d’accidents du travail ». La description de nouveaux mécanismes observés permet de comprendre la façon dont les salariés le vivent. Une approche humaine et sociale des problèmes de santé que Soraya Boudia, historienne des sciences à l’institut de recherche interdisciplinaire à l’université de Strasbourg est venu défendre. « La difficulté est de situer cette notion de risque qui est socialement acceptable et nous avons peut-être beaucoup à apprendre de l’approche américaine bien singulière pour aborder cette notion y compris lorsqu’aucun seuil ne peut être établi », affirme-t-elle, bataillant contre l’approche de notre vieille Europe de vouloir toujours tout gérer par des normes.
Sans controverse, pas d’indemnisation.
Cette approche normative semble pourtant bien utile à Yannick Barthe, chargé de recherche au CNRS pour accumuler des témoignages, « car sans mobilisation il n’y a pas de controverse, ni d’indemnisation », insiste-t-il. Évoquant les difficultés à devenir victime à travers l’exemple de l’impact sanitaire si difficile à établir dans le cas précis des essais nucléaires français. « Qu’il s’agisse des premiers essais qui se sont déroulés dans le Sahara où de ceux réalisés en Polynésie française, l’État français traîne encore les pieds face aux demandes d’indemnisation de celles et ceux qui en subissent encore aujourd’hui les conséquences », s’exclame-t-il. Ces « expériences » concerneraient tout de même 150 000 appelés du contingent. Des victimes qui prennent le parti de cultiver désormais un certain héroïsme, un statut plus visible pour obtenir des dédommagements. Ces expertises sur les risques semblent donc multiplier utilement les controverses sur les conséquences en santé. En finançant ces travaux de recherche, l’ANR offre une opportunité unique à de jeunes équipes d’aller plus loin dans leurs investigations pour faire éclater non pas la vérité, mais simplement une réalité dans de multiples domaines.
Laurence Mauduit pour Lydia Archimède
Info géné quotidien du médecin – 3 février 2012
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