SI VOUS ÉPROUVEZ de l’aversion pour Sarkozy, vous devriez vous pencher sur le cas de Silvio Berlusconi. Voilà un homme qui domine la vie politique italienne depuis une quinzaine d’années, qui a été trois fois chef du gouvernement, dont la fortune (la troisième d’Italie) est estimée à plus de 6 milliards de dollars, mais dont les démêlés avec la justice et les frasques sexuelles sont si nombreux que l’on se demande comment les Italiens le supportent encore.
Une litanie de délits.
Pourtant, ils l’ont élu et réélu et ne semblent pas excessivement choqué par un comportement qui frise l’obession sexuelle et la prédilection pour les très jeunes filles, sans compter les abus de biens sociaux, les escroqueries et la corruption active. Il reconnaît lui-même avoir eu quelque 90 procès dont la somme démontrerait qu’il est persécuté, mais à ce jour, il s’en est toujours sorti. Il aurait acheté indûment des droits télévisés (on sait qu’il domine les médias italiens) ; il aurait versé 600 000 dollars à un avocat pour qu’il fasse un faux témoignage (l’avocat a été lourdement condamné mais pas Berlusconi) ; il aurait tenté de corrompre des inspecteurs des finances (il a été condamné en première instance à une peine de 2 ans et 9 mois de prison, mais a été relaxé en appel) ; il a été condamné, puis relaxé en appel pour une affaire de financement illicite de partis politiques ; il aurait commis un faux dans le cadre du transfert d’un footballeur ; faux en bilan lors de l’acquisition d’une maison de production ; corruption de juges dans un autre achat de société ; corruption de juges dans le rachat de la maison d’édition Mondadori.
Et ce n’est pas tout : il détient les grands journaux et les grandes chaînes de télévision privée, de sorte que la majeure partie de la presse est à ses ordres et que les Italiens se posent la question de la liberté de leur presse. Il a tenté d’acheter des voix de parlementaires. Il est accusé de fraude fiscale.
Malgré ce passif à la fois incroyable et insondable, il se dit victime d’un complot de la gauche, s’en prend au président de la République, le communiste Giorgio Napolitano, qui n’a pas voulu maintenir son immunité et à la gauche parce que « tous les juges sont de gauche ». Dans n’importe quel autre pays, l’opinion dirait : « Cela suffit. Berlusconi est en train de détruire l’image de l’Italie. Il doit partir ». Mais pas du tout. Les Italiens l’ont élu trois fois, ils sont prêts à le réélire. Ils continuent à rire de ses très mauvaises blagues, par exemple quand, par deux fois, il décrit Barack Obama comme « un jeune homme bronzé ». Non seulement raciste, mais raciste de quatrième zone. Il est vulgaire, de mauvaise foi, souvent incohérent, d’une désinvolture (nationale et internationale) indécente, mais rien n’y fait : il n’est pas sûr du tout qu’il n’y ait plus une majorité en sa faveur.
En fait, Berlusconi n’est que le symptôme d’une société extraordinairement individualiste, largement revenue d’une démocratie chrétienne morte et enterrée, mais qui n’a jamais été remplacée par un parti aussi fort qu’elle. Pays de civilisation au peuple industrieux, l’Italie est aussi la reine du système D, de l’évasion fiscale et du travail au noir qui, encore aujourd’hui, représenterait 30 % de l’activité économique. Pays de la mafia et de Cosa Nostra, comme chacun sait, qui règnent sur le Mezzogiorno et qui résistent encore à la justice, à la police, à l’État. Pays, enfin, où l’on se méfie du centralisme étatique et où l’on préfère, et de beaucoup, les petits arrangements bilatéraux à l’écart du droit et, surtout, du fisc.
Moi d’abord, le pays après.
Ce syndrome du « moi d’abord, le pays après », constitue l’une des raisons pour lesquelles l’opposition n’a pas réussi à s’imposer. Non seulement la gauche est divisée en une multitude de partis microscopiques, incapables de concevoir une stratégie nationale, mais elle manque de leaders charismatiques. Lorsque, en 2008, l’ancien maire de Rome, Walter Veltroni, eut réussi enfin à unifier les groupes de gauche, souvent en leur tordant le bras, il fut battu à plate couture par la coalition de droite, dirigée par Berlusconi. Motif : devenu centre gauche, il rêvait de devenir le Kennedy italien, mais sans fournir les intenses efforts qu’un retour de la gauche au pouvoir exigeait. Face à cet animal carnassier qu’est Berlusconi, Veltroni ne semblait même pas avoir envie de conquérir le pouvoir. Les Italiens l’ont-ils pressenti ? En tout cas, ils se sont jetés dans les bras d’une droite où les éléments fascisants ou vaguement inspirés par le fascisme existent.
Si demain la justice finit par avoir la peau d’ « Il Cavaliere », qui en profitera ? Sans doute pas la gauche, mais plutôt Gianfranco Fini, ancien fondateur de l’Alliance nationale, parti d’extrême droite, et métamorphosé récemment en atlantiste pro-européen. M. Fini a compris que l’on ne fait pas une carrière politique dans les marges. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il ait renoncé à ses idées.
Et encore M. Fini n’est-il pas sûr que Berlusconi sera finalement condamné. Le président du conseil a les moyens de sa survie politique. Il a les moyens de payer très cher, au sens premier du terme, sa fonction élective. Or l’Italie est atteinte par la crise au même titre que le reste de l’Europe, elle a déficit plus lourd encore que celui de la France, et une dette qui représente plus de 100 % du PIB. Un pays malade et dépourvu de médecin.
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