ON AVAIT de bonnes raisons de douter de la pertinence du projet de George W. Bush. Le système qu’il proposait était extrêmement coûteux, son efficacité incertaine et, surtout, il replongeait l’Europe dans la guerre froide. En effet, le système de défense stratégique était dirigé contre l’Iran, décidé à avoir des ogives nucléaires et disposant déjà de fusées capables d’atteindre Israël bien sûr, et aussi le territoire européen. Mais les Russes l’ont pris pour eux. Il avaient l’intention de riposter en créant une base de missiles dans l’enclave de Kaliningrad, c’est-à-dire au plus près des grandes capitales européennes.
Les Européens ne se sont pas beaucoup exprimés sur le sujet. Proaméricaines comme personne, Prague et Varsovie étaient enthousiasmées par le sujet ; les représentants de la « vieille Europe », Allemands, Français et autres étaient dubitatifs, mais pas franchement hostiles. Pour une raison simple : dans leurs rapports avec une Russie tentée de nouveau par le démon impérial, ils cherchent, avec difficulté, la ligne qui sépare une diplomatie dynamique de la politique d’apaisement.
Aucun marchandage.
Barack Obama a-t-il cédé au syndrome de Munich, comme ses adversaires républicains ne cessent de le répéter ? Rien n’est moins sûr. Sa décision a été mûrement réfléchie pendant près de huit mois ; il a donc pesé le pour et le contre. Déjà engagé dans une réforme de l’assurance-maladie qui lui aura coûté cher en popularité, il n’avait certainement pas besoin de prêter le flanc à de nouvelles critiques réactionnaires. On s’inquiète toutefois d’une décision qui, officiellement, n’a pas été négociée avec les Russes. L’abandon du système de défense anti-iranien n’a fait l’objet d’aucun marchandage, il n’a pas de contrepartie. Il peut également être interprété comme un cadeau fait à Téhéran, alors que Mahmoud Ahmadinejad multiplie les provocations.
Tout ce que l’on peut dire à ce sujet, c’est que M. Obama refuse de se laisser dicter sa conduite par les dures réalités du monde. Il veut à tout prix tester sa doctrine, selon laquelle une Amérique prête à négocier avec ses pires adversaires (au lieu de les menacer) permettra progressivement de créer les conditions de la paix. Idéalisme ? Peut-être. Il demeure qu’Obama a été élu sur ce programme, qu’il refuse d’enterrer sous le prétexte que les conditions du dialogue (avec les Russes, avec l’Iran, avec Israël) ne sont pas réunies. On admettra qu’avec des interlocuteurs aussi coriaces, une approche trop empathique est pleine de dangers. Mais on ne saurait nier que la diplomatie d’Obama est novatrice et courageuse.
Par ailleurs, il ne faut avoir aucun doute sur les intentions du président américain : si sa décision a pour avantage de calmer des Russes de plus en plus bellicistes, son intention profonde est bel et bien de résoudre le grave problème que l’Iran pose au monde. Il vient de conclure au terme d’une longue réflexion qu’il ne peut pas se passer de la Russie. D’abord parce qu’il doit l’enrôler dans la réprobation de l’Iran par une majorité de pays ; ensuite parce que les Russes peuvent s’adresser directement au régime iranien (auquel ils vendent des armes) et qu’ils seront plus enclins, après la décision d’Obama, à approuver les sanctions économiques contre Téhéran. Certes, Moscou ne sert que ses intérêts et peut très bien décider de ne rien donner en échange du cadeau qu’Obama lui a fait. Il est toutefois plus probable que même Vladimir Poutine mesure le danger que l’Iran fera peser sur la Russie s’il devient puissance nucléaire. Tout ce qui empoisonne l’Occident est bon aux yeux de Poutine, qui cherche à reconstruire l’ancien empire tzariste. Mais, s’il garde sa zone d’influence (par exemple en Géorgie), il n’a plus besoin de soutenir les Iraniens, forcément imprévisibles. Le plus probable, dans ces conditions, c’est que Téhéran sera objectivement isolée par le geste qu’a fait Obama en faveur de la Russie.
Courage tous azimuts.
Le courage du président des États-Unis est d’autant plus remarquable qu’il l’exerce tous azimuts. Il mène de front avec le même zèle et le même entêtement la réforme historique de l’assurance-maladie et sa recomposition des rapports de l’Amérique avec le monde. Il prend soin de ne pas apparaître comme un Jimmy Carter, comme un Munichois: en Amérique latine, il exige, au nom de la légalité, le retour au Honduras d’un président de gauche renversé par un coup d’État ; mais en même temps, il signe un accord avec la Colombie pour y installer des troupes face au Vénézuéla d’Hugo Chavez, le plus gros importateur d’armes de la région. Obama ne vend pas son âme au diable pour marquer des points diplomatiques.
Inlassable, il essaie d’obtenir d’Israël un gel de la colonisation, en exerçant sur le gouvernement de Benjamin Netanyahou des pressions qui ne sont pas encore des menaces. Il n’a pas de chance : si le parti Kadima avait formé le gouvernement israélien, les négociations avec les Palestiniens seraient beaucoup plus avancées, Tzipi Livni ayant fait de la création d’un Etat palestinien l’objectif de sa politique. Au Proche-Orient, Obama, qui a donné quelques gages au monde arabo-musulman, notamment lors du discours qu’il a prononcé au Caire, évitera, quoi qu’il en coûte, d’exercer le moindre chantage sur Israël. Assurément, il n’a pas choisi la voie facile. Raison de plus de ne pas le désavouer prématurément.
Obama a fait un cadeau aux Russes pour les associer à sa politique iranienne
LA LIGNE INVISIBLE ENTRE LE DYNAMISME DIPLOMATIQUE ET LA POLITIQUE D’APAISEMENT
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