Une centaine de victimes des pesticides avaient élevé la voix lors du dernier Salon de l’agriculture. Ils ont été entendus par le ministre de l’Agriculture Bruno Lemaire, qui a cosigné, avec François Fillon, un décret le 4 mai (publié au « Journal officiel » le 6 mai) portant révision des tableaux des maladies professionnelles en agriculture.
La principale avancée, saluée par l’association Phytovictimes et par le Dr Éric Ben Brik, responsable de l’Unité pathologies professionnelles du CHU de Poitiers, consiste dans la création du tableau n° 58, consacré à la maladie de Parkinson provoquée par les pesticides. « Nous attendons ce tableau depuis 2008 ou 2009 », souligne le Dr Ben Brik. La recherche s’intéresse en effet au rôle des pesticides sur le Parkinson depuis plus de vingt ans. « Dès 1994-95, les Américains ont montré grâce à une étude sur une cohorte qu’il existait davantage de cas de Parkinson chez les agriculteurs que chez les non-agriculteurs. »
Avantage du décret, selon le spécialiste des pathologies professionnelles, il adopte une définition non limitative des pesticides, comprenant « les produits à usages agricoles et les produits destinés à l’entretien des espaces verts (phytosanitaires ou phytopharmaceutiques), les biocides et les antiparasitaires vétérinaires ». « C’est très important de ne pas se limiter aux produits ou molécules dits d’intérêt à propos desquels on a des preuves scientifiques d’un lien avec la maladie », insiste Éric Ben Brik.
Formes atypiques
Mais le décret n’est pas exempt d’ambiguïtés. « Il faudrait parler de maladie de Parkinson, ou de syndrome parkinsonien », regrette le Dr Ben Brik. « Je vois beaucoup de formes atypiques, où il ne s’agit pas d’une destruction primitive du striatum, par déficit de dopamine, mais davantage d’une destruction de la réabsorption présynaptique de la dopamine », détaille-il, craignant que ces pathologies atypiques ne soient pas reconnues ni prises en compte par les médecins conseil.
« Il faut conserver toutes les preuves, les factures, les attestations d’achat des produits car les coopératives ne les gardent pas au-delà de 10-15 ans », avertit Éric Ben Brik. Le délai de prise en charge, d’un an, est en effet conditionné à une durée d’exposition de dix ans. Une exposition qui peut prendre la forme, selon la liste indicative du décret, de la manipulation ou de l’emploi de pesticides « autorisés ou non au moment de la demande », par contact ou inhalation, du contact avec les cultures et animaux, ou de l’entretien des machines qui appliquent les pesticides.
Le carcinome du nasopharynx s’ajoute aussi à la liste des affections cancéreuses provoquées par l’aldéhyde formique, ses solutions et ses polymères, portant à 67 le nombre de tableaux de maladies professionnelles reconnues par la MSA.
Cette liste pourrait s’étoffer. Les chercheurs s’interrogent notamment sur des liens entre les maladies d’Alzheimer et les composés organophosphorés.
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