DANS CES CONDITIONS, continuer à se poser la question de savoir si le MoDem est encore du centre ou s’il a vraiment basculé à gauche n’a plus beaucoup de sens. Ce n’est pas faire injure à M. Bayrou que de croire que son idéologie évolutive est au service de son ambition présidentielle. Il n’est donc à gauche que si cela sert ses intérêts. On comprend mal que les socialistes continuent à exiger de François Bayrou qu’il « clarifie » ses positions, alors que, face aux Verts et au PS, Marielle de Sarnez, il y a peu, prononçait un discours que la gauche ne pouvait désavouer. L’attitude du PC, hostile à toute alliance avec le MoDem, repose sur une vérité simple : M. Bayrou n’accentuera la gauchisation de son mouvement que si elle aide sa candidature à la présidence. Sinon, il reviendra vite au centrisme, même s’il l’a vidé de son sens, comme il l’a fait encore mardi en disant une vérité simple : le choix d’un candidat unique d’opposition à M. Sarkozy, donc des primaires concernant toute l’opposition, ce n’est pas pour lui. Car il est assuré de perdre alors toutes ses chances de se présenter à l’élection de 2012. Il est évident que des primaires élargies désigneraient un ou une candidat(e) socialiste. Le MoDem a fait un grand pas, cet été, pour s’intégrer à la gauche, mais il en est maintenant tout étourdi et même quelque peu affolé.
Trahison ou lucidité.
On ne pas faire à François Bayrou le procès en trahison qui lui est intenté par la droite et surtout par le Nouveau Centre, que dirige Hervé Morin (qui a pourtant raison sur au moins un point : le vrai centre, c’est lui). Tout le monde a le droit de changer d’avis, et M. Bayrou, après avoir été un chrétien-démocrate, peut très bien, aujourd’hui, penser que la crise de la société française est si aiguë qu’elle mérite un remède radical. À l’heure du chômage, du creusement des inégalités, de la paupérisation croissante d’une partie de la population, du déficit, de la dette, des bonus insolents et d’un système financier qui, non content d’avoir ruiné le monde, veut retourner à des pratiques aberrantes, M. Bayrou n’est sûrement pas le seul à se découvrir une foi différente, et sans doute plus ardente que celle de la démocratie chrétienne. Il peut dire que ses choix les plus récents sont dictés par la lucidité.
Mais il voit très bien que son alliance naissante avec une gauche divisée est un chemin plein de périls. D’abord, le PS n’a pas renoncé à son hégémonie qui, voyant M. Bayrou se rapprocher, devient encore plus exigeant sur les engagements que celui-ci doit prendre. Ensuite, si une union entre socialistes et Verts paraît probable, elle risque de s’effondrer quand il s’agira de partager un nombre précis de sièges aux élections régionales de 2010 et aux législatives de 2012. Enfin, si le MoDem peut apporter des forces vives à la gauche, il n’y a aucune chance que celle-ci rassemble l’extrême gauche ; et Marie-George Buffet, du PC, semble soumettre son ralliement à l’exclusion du MoDem. Il ne faut pas négliger, en l’occurrence, les différences idéologiques qui, en dépit du discours « historique » de Marielle de Sarnez il y a quelque dix jours, sont larges entre les socialistes et les centristes de François Bayrou.
À bien y réfléchir, le PS plus le MoDem plus le PC, cela ne fera sans doute pas un programme de gouvernement ; et cela risque de ne même pas faire un majorité, d’autant que le parti de M. Bayrou, ne cesse, à mesure qu’il se gauchit, de perdre des membres et des soutiens. Au fond, et malgré les discours, les gestes politiques et les universités d’été, on est resté dans la configuration d’une présidentielle de la Vè république : les vrais ralliements auront lieu, à droite comme à gauche, entre les deux tours.
La gauche oublie Sarkozy.
Bien qu’elle ne cesse de bombarder M. Sarkozy et son mode de gouvernement, la gauche semble l’avoir oublié. La droite aussi prépare les élections régionales et générales. Le ralliement de Philippe de Villiers et du CNPT n’est pas négligeable dans la perspective des régionales. Or, quand la droite s’élargit, elle le fait sans aucun lyrisme. L’UMP phagocyte littéralement ceux qui consentent à se rapprocher d’elle et se contentent de dire qu’ils sont en phase avec la majorité alors que, lorsqu’ils lui étaient hostiles, ils n’avaient pas de mots assez insultants pour elle. C’est comme s’ils avaient si peu d’électeurs qu’ils n’hésitent pas à les indigner, à les trahir, à les négliger pour obtenir enfin quelques miettes de pouvoir. On suppose que M. Sarkozy fait des promesses à ses nouveaux amis ; on suppose qu’il les tiendra. Mais le débat est clos, l’UMP est plus forte et on passe à autre chose, alors que, à gauche, la discussion se poursuit et, souvent, dans un climat tendu.
En réalité, M. Bayrou n’aurait une chance réelle que si la gauche s’était décomposée. Mais elle a été renforcée par l’université d’été du PS. Martine Aubry, qui a obéi aux injonctions d’Arnaud Montebourg et de Vincent Peillon au sujet des primaires, a néanmoins renforcé sa position personnelle au sein du parti, notamment rassuré par la consultation qu’elle va lancer en octobre et amorcera la processus de désignation du candidat du parti. L’équation est maintenant inversée : M. Bayrou voulait s’emparer d’une partie de l’électorat du PS ; le voilà qui s’engage dans une aventure où il risque de devoir faire cadeau au PS de son propre électorat.
› RICHARD LISCIA
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