LA BATAILLE contre les bonus ne fait que commencer. Les spectateurs que nous sommes du dialogue entre l’État et les banques restent médusés par la résistance d’une institution qui, non contente d’avoir largement contribué à la récession, refuse obstinément de changer ses méthodes en dépit du risque de rechute de l’économie. Et qui rejette la tutelle de l’État après en avoir obtenu les premières faveurs, comme si le « trading » et ses aberrations représentaient, pour les banques, le seul moyen de faire des profits. C’en est un, incontestablement, et ce que chaque banque craint, c’est d’être privée d’une technique d’enrichissement à laquelle ses compétiteurs étrangers continueraient de recourir.
Un jeu de poker.
Le gouvernement ne peut pas admettre que les banques qu’il vient de sauver se lancent dans une nouvelle mésaventure. Il s’attaque à un fondement d’un système qui n’a été créé par personne et n’a pris forme que par empirisme. Même les subprimes n’étaient rien d’autre qu’une des variations infinies du principe du crédit et du loyer de l’argent. Si le système est particulièrement difficile à changer, c’est justement parce qu’il n’a pas été conçu et qu’il résulte de l’activité bancaire démultipliée et poussée jusqu’au point où elle relève de l’art baroque. En outre, l’argent, qui manque à tant de gens, est une notion relative. Le trader qui rapporte un milliard d’euros à sa banque dans l’année en attend 1 million, ce qui est énorme du point de vue du père de famille qui paie son hypothèque, mais dérisoire par rapport à la somme engrangée par la banque. Au terme de la discussion, demeure l’argument-roi : ce que je ne fais pas, d’autres le feront et, en m’abstenant, je mets en danger ma société.
S’ILS ÉTAIENT AU POUVOIR, LES SOCIALISTES N’EN FERAIENT PAS AUTANT
L’idée en vertu de laquelle il faudrait séparer les activités bancaires régulières et les folies du trading n’est pas sotte. Une banque qui gère les comptes de millions de clients ne devrait pas jouer au poker tous les jours. Mais allez refuser à un banquier une source aussi large de bénéfices ! Ce qui va se passer est clair : sous la houlette de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel, qui sont tombés d’accord, lundi dernier à Berlin, pour limiter les bonus et contrôler le trading, et soumettre leurs idées au G20 de la fin du mois, l’Europe va s’imposer une discipline qui ne sera pas forcément appliquée par les États-Unis et le reste du monde.
Mais au moins peut-on dire que M. Sarkozy, si souvent dénoncé pour des tas de raisons, se dresse contre les capitalistes avec un courage que Marx aurait applaudi. Que la gauche, en dépit de sa convalescence, n’a pas commencé à imaginer ce qu’elle pourrait faire au sujet des golden boys,de leurs patrons et des banques d’affaires. Que ce président, décrit comme un homme qui, après sa carrière politique, aimerait s’enrichir, sait parler de l’argent avec des accents méprisants. Ce qui tranche par rapport à ceux qui, disposant d’une fortune personnelle, n’en militent pas moins en faveur de la redistribution, un peu comme s’ils réclamaient à cor et à cri une réforme dont ils savent, au fond d’eux-mêmes, qu’elle ne verra pas le jour et ne risque donc pas de les appauvrir. S’il est indéniable que le parti socialiste, à La Rochelle, est presque arrivé à renaître de ses cendres, les critiques qu’il continue d’adresser au pouvoir ne sont pas plus substantielles qu’auparavant.
Comptes en Suisse.
Éric Wrth, le ministre du Budget, annonce qu’il dispose d’une liste de 3 000 personnes qui disposeraient d’un compte clandestin en Suisse. Il se garde bien de publier cette liste, et il accorde quatre mois aux détenteurs de ces comptes pour régulariser leur situation, bien entendu en payant impôts et arriérés. Michel Sapin, ancien ministre socialiste, réclame la publication de la liste et l’application immédiate de la loi. Ce n’est pas malin. Ceux qui ne sont pas sur la liste seraient aussitôt épargnés. En revanche, toute personne possédant en Suisse un compte non déclaré aura tendance à se dénoncer elle-même pour ne pas subir, après la date-butoir, les foudres du fisc, même si ellle n’est pas sur la liste.
Ce qui a fait dire à certains cyniques que la liste n’existe pas. « Est-ce que j’ai une tête à faire un coup de bluff ? », demande M. Wrth. Franchement, on a envie de lui répondre par l’affirmative. Car c’eût été une excellente idée : inventer une liste inexistante et plonger dans la panique tous ceux qui ont un compte en Suisse et ne verraient pas d’autre issue que de rentrer dans le rang. Se non è vero, è ben trovato.
Bref, tout cela n’est peut-être pas suffisant pour faire de M. Sarkozy un homme de gauche, mais si la gauche un jour au pouvoir en fait autant contre les capitalistes, ce ne sera pas si mal.
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