DANS CETTE RONDE diplomatique, la France n’est pas dénuée d’atouts. M. Sarkozy peut exciper de progrès français dans la lutte contre la pollution, avec la taxe carbone notamment. Il est donc en mesure d’influencer la sommet sur le climat, où la résistance aux mesures antiémissions demeurera vive. L’étape onusienne sera surtout pour lui l’occasion de quelques tête-à-tête, en particulier avec le président chinois Hu Jintao et d’exiger un renforcement des sanctions contre l’Iran, qui semble bien décidé à se doter de l’arme atomique. Mais c’est surtout au G20 que Nicolas Sarkozy sera le plus actif. Il a réussi à enrôler Angela Merkel et Gordon Brown dans sa lutte contre les bonus excessifs et pour la régulation des flux financiers. Barack Obama, qui a dénoncé les primes excessives accordées aux traders et une crise déclenchée par les banques d’affaires américaines, est sur la même longueur d’ondes. Mais les États-Unis ne sont pas la France : on ne peut pas y créer une police de la finance.
Des obstacles pour Obama.
Pour plusieurs raisons : la première est que les banques américaines ont précédé l’économie en général et ont rebondi plus vite que l’industrie. Elles recommencent à faire des profits considérables et remboursent les prêts que lui a accordés le gouvernement fédéral. Réguler leur activité revient à diminuer leurs bénéfices et à limiter leur capacité à prêter. C’est vrai pour les États-Unis et c’est vrai aussi pour l’Europe. Les grands banquiers ont déjà oublié la stupeur qui a suivi la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Ils estiment que la récession n’est qu’un accident de parcours, que le système qui failli gravement une fois a assuré des décennies de prospérité et en assurera de nouvelles. Elles ne voient pas que, si le même système est livré à lui-même, sans intervention de l’État, il risque de provoquer une catastrophe. Le seul moyen d’empêcher une autre récession (ou même une dépression), c’est de limiter les risques courus par les banques.
Tout occupé à réformer l’assurance-maladie et à mettre en place une politique pour l’Iran et pour l’Afghanistan, Barack Obama, satisfait des signes de reprise de l’économie américaine, a remis à plus tard une réforme éventuelle de la finance. Elle ne sera pas facile à mettre en place : les républicains l’attendent l’arme au pied et, s’il fait mine de légiférer en la matière, ils dénonceront inévitablement la « socialisation » rampante de l’économie. Fidèles à leur idéologie, ils n’étaient d’ailleurs pas favorables aux prêts ou dons que le gouvernement fédéral a faits à l’industrie automobile et aux banques. Le grand danger, c’est donc que l’Amérique et l’Europe adoptent deux attitudes différentes, l’une laxiste, l’autre interventionniste ; cela donnerait un avantage à la première et conduirait traders et banquiers à l’exil. Le président Obama ne manque jamais de souligner que les banques, avant de courir elles-mêmes à la faillite, ont mis sur la paille des millions de citoyens qui avaient acheté un bien immeuble sans en avoir vraiment les moyens et qu’une impitoyable logique comptable a chassés de chez eux.
Ce que fera Sarkozy.
On ne comprend pas qu’une plus grande partie du plan de relance américain n’ait pas été consacrée à la reprise par le gouvernement des hypothèques douteuses, ce qui aurait permis à un plus grand nombre de citoyens surendettés de rester chez eux en attendant des jours meilleurs. Or on assiste encore cette année à des dizaines de milliers de « foreclosures » (éviction immédiate du mauvais payeur). La perte du logement est pire encore que le chômage. Les deux sinistres associés brisent des vies, parfois définitivement.
Nicolas Sarkozy tentera d’obtenir de Barack Obama un engagement minimum en faveur d’une régulation des marchés ; il soulignera la sévérité de la France à l’égard d’un Iran qui se conduit de manière très dangereuse ; il essaiera de raccommoder avec la Chine des liens distendus depuis le passage à Paris de la torche olympique ; il confirmera la présence militaire française en Afghanistan, en dépit de son coût humain. On peut compter sur lui pour qu’il annonce des résultats positifs (forcément) et souligne son influence personnelle sur les sommets diplomatiques. Il sera temps, à la fin de la semaine, de mesurer la réalité des progrès accomplis.
› RICHARD LISCIA
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