On le sait, les Français sont les premiers consommateurs de médicaments psychotropes dans le monde (20 % des prescriptions concernent des médicaments du système nerveux) et le pays se distingue par une proportion élevée de décès liés à la consommation de substances psychoactives (SPA), licites ou non. Si plusieurs études mettent en évidence les liens qui existent entre les usages des substances et l’augmentation de la souffrance au travail, « aucun rapport officiel n’investigue la question du lien entre travail et usages de SPA ».
Ce dernier constat est celui des promoteurs du 1er Congrès « Addictologie et travail » organisé par l’association Addictologie et travail (Additra), en partenariat avec le Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD/Cnam), la Fédération Addiction, le Groupe d’études sur le travail et la souffrance au travail (Gestes) et la MILDT. En réunissant chercheurs en sciences du travail, addictologues, praticiens de la prévention, salariés et employeurs, leur objectif est à la fois de « rendre visibles des dynamiques souvent opaques » et de « briser le tabou » qui entoure l’usage de SPA en relation avec le travail.
Réduire le stress et être plus performant
Selon Gladys Lutz du CRDT et présidente de l’Additra, « il y a un manque évident de connaissances sur ces questions en dehors des champs juridique et médical ». Pourtant, lorsqu’on articule ces problématiques autour de la question du travail et non de la substance, « on s’aperçoit qu’émergent des dynamiques similaires qui cassent les catégorisations par produit [et que] leur utilisation peut avoir une fonction par rapport au travail qui n’est pas forcément vécue comme un problème ».
Pour faire face aux contraintes qui émanent de l’organisation contemporaine du travail (flexibilité, intensification et individualisation), les salariés mettent en place des stratégies individuelles ou collectives parmi lesquelles les usages de SPA peuvent trouver leur place. Pour les chercheurs à l’origine de cette réflexion, « les usages de SPA ne se comprennent plus alors comme des conduites professionnelles irresponsables mais paradoxales » permettant de réduire le stress, d’être plus performant ou de créer des compensations.
Revoir les logiques de prévention
Pour comprendre pourquoi et comment les substances psychoactives ne sont pas exclusivement « un frein, un risque, mais sont aussi une solution que les individus trouvent pour faire face à leur travail ou aux effets de leur travail », il est essentiel selon eux de « cesser de faire comme si il y avait d’un côté le travail et d’un autre côté les consommateurs de drogues, de médicaments, de tabac ou d’alcool ».
Renaud Crespin, sociologue au CNRS, pense que « les logiques de prévention se trompent de cible [et que] le dépistage opacifie la question des usages ». Ainsi, la prévention qui n’est plus « l’observation et la connaissance de la situation, mais une évaluation au regard des normes » met en porte-à-faux de nombreux médecins du travail qui estiment que le contrôle des salariés ne relève pas de leur mission.
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