ON VEUT BIEN que, soudain saisi par la modestie, Nicolas Sarkozy ait demandé à ses troupes de ne pas faire preuve de triomphalisme. Mais la droite n’a pas, comme le répètent à l’envi les ténors de l’UMP, remporté un simple succès. On s’attendait à une vive érosion de son électorat, entraînée par l’usure naturelle du pouvoir, par le fait que, depuis cinq ans, l’UMP perd toutes les élections intermédiaires et par la vague d’antisarkozysme sur laquelle ont navigué, depuis deux ans, tous les partis d’opposition, notamment le PS et le MoDem. Ce sont ces deux-là qui, précisément, ont perdu les élections européennes. Quelle leçon peut-on en tirer, sinon que ceux qui disaient que l’anti-sarkozysme n’est pas un programme avaient raison et que toute stratégie fondée sur la désignation d’un ennemi et d’un seul était vouée à l’échec ?
Une crise sans impact électoral.
De plus, le gouvernement actuel aurait dû logiquement subir les effets d’une récession qui a privé d’emplois des centaines de milliers de salariés. La dénonciation d’un système capitaliste qui a versé dans la fraude avec un cynisme et une malhonnêteté révoltantes aurait dû normalement produire ses effets électoraux. Bref, l’UMP s’en serait déjà très bien sortie si elle avait plafonné à 20 %. La réflexion de Jean-François Copé, qui disait à la veille du scrutin, qu’au-dessous de 25 %, l’UMP aurait perdu la partie, illumine a contrario le résultat réel : c’est trois points de mieux. Que les déçus du sarkozysme, et ils sont nombreux, aient refusé d’accorder leurs voix au PS et même au MoDem, censé représenter une autre droite, mais qui n’a jamais su dire vraiment ce qu’il était, sinon l’instrument d’une conquête de l’Élysée, montre donc que la réforme mise en uvre par le pouvoir demeure crédible et qu’aucun autre parti n’a été en mesure de proposer une alternative.
La défaite du PS entraîne, de ce point de vue, de sérieuses conséquences. Il aura du mal à se mettre en ordre de bataille pour le scrutin des régionales de l’an prochain et conserver, à cette occasion, les solides positions qu’il possède dans les provinces. Il part de plus bas qu’à la veille des européennes, bien que Martine Aubry ait commencé à mettre un peu d’ordre dans son parti. Mais, quoi qu’elle en dise, elle vient de perdre une partie de sa crédibilité. L’unité qu’elle a reconstituée était fragile. Dès lors qu’elle a perdu ce scrutin, la tentation sera grande, à la gauche du PS, de rejoindre le Parti de gauche de Jean-Louis Mélenchon, et chez Ségolène Royal, de reprendre sa complète indépendance, en soulignant qu’elle ne fera pas pire que Mme Aubry, laquelle n’a même pas pu assurer la réélection de Benoît Hamon. Il demeure que la chute du MoDem enlève à Mme Royal son meilleur argument. Réunis, le PS et le MoDem ne représentent qu’un quart de l’électorat, en tout cas pour le moment. S’il est vrai que l’UMP, avec le Nouveau Centre, fait le plein des voix et ne semble pas avoir de réservoir de votes pour un deuxième tour, une alliance avec les forces de M. Bayrou, par ailleurs vivement combattue par bon nombre de leaders socialistes, n’a plus beaucoup de sens.
Bayrou démystifié.
François Bayrou ne peut s’en prendre qu’à lui-même et on reconnaîtra qu’il a fait amende honorable en admettant que, lors du débat télévisé de jeudi dernier sur France 2, il a perdu son calme. Incapable d’accepter une ascension d’Europe-Écologie que les urnes ont largement confirmée, il s’en est pris à Daniel Cohn-Bendit avec une véhémence qui s’est retournée contre lui. Pendant toute la campagne, il s’est contenté de pratiquer son habituel anti-sarkozysme, assorti d’une attaque contre les médias et les instituts de sondages, accusés d’être vendus au pouvoir. Or les instituts de sondages ont surévalué sa performance, contrairement à ce qu’il croyait. Au soir du scrutin, il n’en était que plus ridicule. Moralité : c’est très bien de stigmatiser les perversions du pouvoir quand elles existent, pas quand elles sont imaginaires. S’il veut créer un grand parti politique, M. Bayrou ne saurait s’appuyer sur la théorie du complot ou sur l’idée que tout est fait pour duper le peuple. Il n’est pas vrai que l’Élysée appelle chaque matin les chaînes du service public pour dicter le contenu de leurs programmes ; il n’est pas vrai que les instituts de sondages, qui se trompent parfois, et même souvent, jouent délibérément leur crédibilité parce qu’ils seraient liés au pouvoir. La sanction n’est jamais loin : c’est le scrutin. Il a exonéré les sondagiers et confondu M. Bayrou.
Sur le plan européen, le phénomène qui permet aujourd’hui à M. Sarkozy de triompher discrètement peut être observé dans la plupart des pays de l’Union, l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et même l’Espagne. Silvio Berlusconi sort indemne d’un scandale qui a conduit sa femme à divorcer mais ne lui pas valu le dégoût des électeurs. La gauche européenne s’effondre, les écologistes arrivent en force. Vous allez voir que M. Sarkozy va multiplier, dans les mois qui viennent, les mesures en faveur de l’environnement. Il a su faire au PS ce qu’il avait déjà fait au FN (lequel, par parenthèses, n’a repris à l’UMP qu’une très faible partie de l’électorat qu’elle lui avait arraché en 2007). Avec un programme environnemental déjà substantiel, il fera à Europe-Écologie ce qu’il a fait au PS.
L’ANTISARKOZYSME AURA ÉTÉ POUR LE PS ET LE MODEM LA RECETTE DE LA DÉFAITE
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