Alors que le plan de déconfinement français devrait être présenté mardi à l’Assemblée nationale et voté dans la foulée, le 6e avis du conseil scientifique, rendu public samedi, pose les impératifs sanitaires d’une « sortie progressive de confinement » la moins risquée possible. Avec à la clé, des préconisations qui tranchent par certains aspects avec les annonces faites jusqu’à présent par le gouvernement.
Divergence sur la rentrée scolaire
La divergence majeure concerne la réouverture des établissements scolaires. Alors qu’Emmanuel Macron a posé mi-avril le principe d’une rentrée scolaire progressive à partir du 11 mai, le conseil scientifique propose pour sa part de « maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre ». Si « le risque de contagiosité individuelle chez les jeunes enfants est incertain, mais parait faible, à l’inverse, le risque de transmission est important dans les lieux de regroupement massif que sont les écoles et les universités, avec des mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes », justifient les experts.
Prenant toutefois « acte » de la décision gouvernementale, « prenant en compte les enjeux sanitaires mais aussi sociétaux et économiques », le conseil scientifique propose toute une série de mesures pour limiter les risques. Jugé impossible en maternelle et adaptable en fonction de l'âge en primaire, le port de masque doit en revanche « être obligatoire » pour les collégiens et les lycéens. Le conseil scientifique préconise également que des règles générales de distanciation physique soient adoptées et facilitées dans les établissements (tables distantes d’un mètre, absence de contact entre les élèves de classes différentes, repas dans les classes, etc.). Les parents sont invités à prendre la température des enfants chaque jour et à ne pas les envoyer à l’école en cas de symptômes.
Si une infection par le Sars-Cov-2 est confirmée, l’avis recommande un dépistage « le plus précoce possible » au sein de l'établissement et la « fermeture de la classe ou de toutes les classes du même niveau (...) avec éviction des élèves concernés pendant 14 jours ».
Information plutôt qu’obligation pour les personnes à risque
Autre sujet polémique : la protection sujets à risque de formes graves (personnes de plus de 65 ans ou porteuses de pathologies chroniques à risque telles que notamment HTA, diabète, maladie coronarienne, cancer en cours de traitement etc) est aussi largement abordée dans cet avis. Ces personnes « doivent être informées (de leurs risques, ndlr) ». Cependant, « cette population n’ayant pas un risque plus élevé de transmission du SARS-CoV-2 aux autres citoyens », les experts plaident pour « un confinement strict et volontaire », plutôt qu'obligatoire contrairement à ce qu'avait laissé entendre le chef de l’État intialement. A noter par ailleurs, que dans la lignée d’un récent avis du Haut conseil de santé publique, l’âge critique a été revu à la baisse passant de 70 ans à 65 ans suite à des publications récentes.
Pour les personnes en Epadh, le conseil scientifique est plus sévère estimant que la poursuite d’un confinement systématique « cependant aménagé » est nécessaire, « en raison de risques non seulement individuels mais aussi liés à l’organisation des établissements ». L’accent est mis par ailleurs sur l’importance des stratégies de diagnostic des cas et des contacts dans ces structures.
Tests et masques considérés comme des prérequis
De même, le conseil scientifique appelle à optimiser la stratégie de « test et isolement » en population générale, jugée « essentielle pour maintenir le contrôle de l’épidémie obtenu par la période de confinement ». Les capacités d’identification rapide des cas, de leurs contacts, et d’isolement des patients et de tous les porteurs sains contagieux sur le territoire étant considérée comme un prérequis au déconfinement.
Concernant les masques, leur port doit être « systématique » dans les lieux publics pendant les mois suivant la levée du confinement, juge le conseil scientifique alors que le gouvernement s'est limité jusqu’à présent à évoquer leur éventuel caractère obligatoire dans les transports. Ainsi, pour être faisable, le déconfinement nécessite que des « masques alternatifs de production industrielle ou artisanale anti-projection » soient « disponibles pour l'ensemble de la population et distribués en priorité aux personnes en contact régulier avec le public ».
De façon plus générale, le « maintien de la distanciation sociale et le renforcement des gestes barrières » est mis en avant.
Une seconde vague redoutée
« Si toutes les mesures de contrôle sont levées d’un coup, une seconde vague épidémique de COVID-19 est attendue » préviennent les experts qui n’excluent pas alors la nécessité d'un nouveau confinement.
Seront-ils entendus ? Si les avis du conseil peuvent servir de base aux décisions du gouvernement, beaucoup d’autres éléments pèsent dans la balance, comme l’a souligné sur Europe 1 Arnaud Fontanet, directeur de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes de l'Institut Pasteur et membre du conseil scientifique. « Pour moi, ce n'est pas choquant qu'on puisse être sur certains points en porte-à-faux (...) Je comprends tout à fait que le gouvernement ait des arbitrages à faire qui puissent être différents de nos positions qui elles sont strictement limitées au champ sanitaire et c'est très important que les rôles restent séparés. »
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