Des conditions de vie délétères réduisent l'espérance de vie de 2 ans

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Publié le 01/02/2017
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Crédit photo : S. TOUBON

Le statut socio-économique est un réel facteur de risque dans les maladies non transmissibles, responsable de la perte de deux années de vie, démontre une étude publiée ce 1er février dans « The Lancet ».

Les auteurs ont analysé les données de plus d'1,7 million d'individus, recensées dans 48 études de cohorte (d'une durée moyenne de 13 ans), afin d'évaluer la responsabilité des conditions socio-économiques dans la mortalité, comparée à celle des facteurs de risques déjà identifiés par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). L'initiative 25x25, qui vise à diminuer la mortalité causée par les maladies non transmissibles de 25 % à l'horizon 2025, cible l'alcool, la sédentarité, le tabac, la consommation de sel, le diabète, l'obésité et l'hypertension.

Une association forte et pertinente

« Nous avons découvert que l'association entre le statut socio-économique et la mortalité est aussi forte et pertinente, que celle entre la mortalité et les facteurs de risque de l'initiative 25x25, et ceci dans tous les pays », écrivent Sylvia Stringhini et coll. Ainsi, des conditions socio-économiques déplorables (travail peu qualifié, bas revenu, faible niveau d'éducation) sont associées à une perte de 2,1 ans de vie pour les hommes et femmes âgés de 40 à 85 ans.

« Nous savons que l'éducation, le revenu et le travail affectent la santé, mais peu d'études en ont évalué l'importance », souligne le Pr Mika Kivimaki (University College, Londres). « Le statut socio-économique est important parce qu'il est un résumé d'une exposition, pendant toute une vie, à des conditions et des comportements dangereux », note de son côté Paolo Vineis, le chef du projet Lifepath, qui, financé par la Commission européenne, cherche à comprendre les mécanismes biologistes par lesquels les inégalités sociales engendrent les inégalités en santé, et dans lequel s'inscrit cette étude.

Cigarette : presque 5 ans de vie en moins

Le tabagisme est associé à une perte d'espérance de vie de 4,8 ans, la sédentarité, le diabète, de 3,9 ans, et la sédentarité de 2,4 ans. Juste derrière le milieu défavorisé viennent l'hypertension (1,6 an de vie en moins), l'obésité (0,7) puis l'alcoolisme (0,5).

Dans un commentaire de l'étude, Martin Tobias (épidémiologiste au ministère de la Santé de Nouvelle-Zélande) fait remarquer que la proportion de personnes souffrant de conditions socio-économiques médiocres (15 % pour les femmes, 19 % pour les hommes) est plus importante que celle touchée par les autres facteurs de risque, à l'exception du tabac (qui concerne 21 % des femmes, 29 % des hommes) et de la sédentarité (23 % des femmes, 26 % des hommes).

Des médecins forts en… économie et sociologie

En conclusion, les auteurs portent un regard critique sur tous les programmes (initiative 25x25, global burden of diseases, ou encore objectifs du développement durable) qui prennent trop peu en compte la dimension socio-économique, préférant se focaliser sur les facteurs de risque classiques.

Ils appellent les autorités à mener des politiques de santé ciblées sur les conditions socio-économiques, à l'échelle locale, nationale, et internationale ; par exemple, la promotion du développement précoce de l'enfant, la réduction de la pauvreté, l'amélioration de l'accès à l'éducation, avec des obligations scolaires légales, et la création d'environnements scolaires et professionnels sûrs.

« Nous avons besoin d'un plaidoyer fort, porté par les professionnels de santé, en faveur d'une conception globale des facteurs de risque. Est-ce à dire qu'il ne nous suffit plus, à nous médecins, de connaître la clinique et la biologie humaine ? Devons nous devenir adeptes de la macroéconomie et de la sociologie ? Laissons-nous rêver ! », commente Martin Tobias.


Source : lequotidiendumedecin.fr