Académie de médecine et secours populaire au chevet des exclus

La pauvreté, « la première des maladies » qui secoue la médecine

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Publié le 12/10/2015
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Quel remède contre la pauvreté, première des maladies ? se sont interrogés les académiciens

Quel remède contre la pauvreté, première des maladies ? se sont interrogés les académiciens
Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

« La pauvreté est la première des maladies », a déclaré le Pr Marc Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses, devant un parterre de confrères réunis sous les ors de l’Académie nationale de médecine, le 7 octobre dernier.

Le terme « inégalités sociales de santé » consacre le lien entre état de santé et déterminants sociaux. Les chiffres rappelés par le Pr Alfred Spira, académicien, bénévole au SPF, parlent : l’écart d’espérance de vie à 35 ans entre cadres et ouvriers est de 6,3 ans pour les hommes, 3 ans, pour les femmes ; 4,5 % des enfants d’ouvriers sont obèses, contre 1,2 % chez les cadres.

Les mots du Pr Marc Gentilini tranchent : « les problèmes de santé des migrants sont liés à leur parcours, qui les tue, et à leur arrivée, qui les achève. Le més-accueil dans nos sociétés est tragique. »

« Il n’est pas de solution miraculeuse », sait le Pr Gentilini. L’ancien président de la Croix-Rouge est capable de retracer l’histoire depuis 1919 de tous les organismes relatifs à la santé des migrants. Il s’est lui-même entendu dire en 1966 que sa salle d’attente était « trop noire ». Pourtant il a dû fermer le centre de Sangatte en 2002, sur ordre du Premier ministre Nicolas Sarkozy. « Cela n’a rien changé » reconnaît-il. Et d’appeler aujourd’hui à un meilleur accueil des migrants, sans concurrence entre humanitaires, qui pose un regard attentionné sur les « femmes, mères, enfants, âgés ».

« Alter prévention »

Des initiatives concrètes tentent de concilier protection universelle et soin des personnes en situation de vulnérabilité. Le Dr Pierre Suesser, médecin de santé publique en PMI, en fait les deux « axes indissociables » de la lutte contre les inégalités de santé dans l’enfance. La prévention doit être à la fois généraliste (par exemple, sur la consommation des écrans dans les premières années de la vie) et ciblée (sur des enfants exposés à des risques précis, comme la peinture au plomb dans les logements). « Il faut à tout prix éviter de stigmatiser des familles, qui dès lors seront dans une position de repli face au monde médical », souligne le Dr Suesser.

Le pédiatre promeut l’« alterprévention », qui implique d’aller voir les parents dans leur milieu, dans la confiance, et de les encourager à échanger entre pairs. Cela signifie, pour les médecins, renouveler leur pratique en s’alliant aux intervenants sociaux, éducatifs, et associatifs et ne pas se soucier du seul trouble médical.

Le médecin, une PASS à lui tout seul

Les permanences d’accès aux soins de santé (PASS) essaient aussi d’incarner un soin qui déborde le médical vers le social et l’humain. Hétérogènes sur le terrain, elles se veulent un laboratoire de pratiques innovantes et transversales, pour accompagner des personnes aux droits absents ou fermés. « 80 % de nos patients sont des migrants. Il faut plus de 10 minutes pour considérer chaque patient dans sa singularité », souligne Corinne Lamouche, responsable de la mission PASS à l’AP-HP. Malgré les difficultés, le dispositif tient, jusque dans les crises sanitaires. « Camp de Saint-Ouen, de la Chapelle, Lycée Jean-Quarré : nous sommes présents », assure l’assistante sociale.

L’Ordre des médecins ne s’inscrit pas en faux. « Le médecin de premier recours doit être une PASS à lui tout seul et orienter dans le parcours de soins et des droits sans discriminations », affirme André Deseur.

De belles paroles ? Le Défenseur des droits, représenté par Nathalie Bajos, est sur le pied de guerre pour lutter contre les discriminations. La dernière mouture du projet de loi Santé lui confie l’observatoire de refus des soins, qui échappe ainsi à l’Ordre.

Coline Garré

Source : Le Quotidien du Médecin: 9440