« Une période indispensable pour s’approprier le libéral »
« Je remplace dans la Vallée de la Bruche à une demi-heure de Strasbourg depuis deux ans et demi. Je n’ai pas encore validé ma thèse. Une fois que je l’aurais passée, mon but est de changer de région, de continuer un peu avec ce statut puis de m’installer en libéral dans le sud de Bordeaux. Je remplace à peu près toujours les mêmes médecins, les patients sont contents de voir la même tête, cela va un peu plus vite et permet de mieux suivre le patient. Quand on a un objectif d’installation, c’est un bon compromis. On revoit les mêmes patients et on peut les suivre dans l’évolution de leur maladie. Mon mode d’exercice futur ne sera pas déterminé par les avantages accordés ou non aux remplaçants. De manière générale, la protection sociale des médecins est trop minime. J’attends plutôt la bonne opportunité pour m’installer. Je ne me mets pas de limite de temps. J’ai l’intention de continuer ainsi jusqu’à ce que je trouve quelque chose qui me plaît. Même autour de moi, les gens veulent s’installer. Ils font des remplacements pour connaître plusieurs méthodes de travail. Au début, le libéral fait peur, car on le connaît peu et qu’on n’est pas formé, mais au fur et à mesure, on se rend compte que c’est une situation confortable qui permet de vivre et d’aimer son travail. Le remplacement est une période indispensable pour s’approprier le libéral et ensuite s’installer. »
Marion Moreau, 30 ans
« Le remplacement c’est toujours transitoire, jamais définitif »
« Depuis la fin de mon internat, il y a deux ans, je remplace régulièrement quatre médecins du Nord Pas-de-Calais et d’autres de façon plus occasionnelle. Je m’étais fixé une installation à cinq ans à la fin de l’internat. C’était théorique, je ne connais pas encore bien la région et je voulais en faire le tour pour savoir où je voulais m’installer. Ce choix me permet de travailler un peu à la carte. A contrario, il faut trouver des remplacements. Par exemple, janvier est souvent relativement léger, et les rentrées d’argent ne se font pas. Ce qui pousse les remplaçants à s’installer à terme, c’est l’envie d’avoir sa propre patientèle, sa propre file active, et de pouvoir mener le suivi d’un bout à l’autre, selon ses propres objectifs. Je choisis mes remplacements en fonction de ma façon de travailler. De 20 à 30 patients par jour, c’est bien, au-delà ça devient compliqué. J’ai des rétrocessions entre 70 % et 90 %, voire 100 % pour tout ce qui est garde. Une frustration monte chez les remplaçants, liée au fait que la profession essaie de décloisonner l’activité, de faire moins d’abattage et plus de qualitatif, alors qu’ils ne sont pas du tout mis dans le dispositif. Mais leur reverser une partie de la ROSP des médecins installés, c’est compliqué. Le mieux serait de leur définir une ROSP spécifique. »
Dr Jean-François Angrand, 34 ans
« Dans la tête de certains, le remplaçant est forcément en formation »
« J’ai commencé à remplacer à la sortie de la fac de Lille fin 2010. Ça a duré trois ans. À la fin, je n’allais plus que dans un cabinet de quatre médecins, où j’étais quasiment toutes les semaines. Les gens guettaient ma présence, je me suis donc installée. Fin octobre 2016, à la suite d’un rapprochement familial, j’ai quitté Lille pour la région de Rouen. J’ai repris une activité de remplacement car moralement, une désinstallation, c’est lourd, et je découvrais ce nouveau secteur. Des confrères ne comprennent pas pourquoi je ne me réinstalle pas tout de suite. Mais ce n’est pas une tare d’être remplaçant. « Vous n’avez pas encore fini alors ? », me disent certains patients. Dans leur tête, le remplaçant est forcément un médecin en formation. L’inconvénient du remplacement, c’est que vous n’allez pas au bout du suivi des patients. Et quand on change de médecin, on change potentiellement d’organisation, de logiciel… Les principaux avantages, c’est qu’on a plus de liberté et que l’on peut aménager son emploi du temps. Je n’ai pas de projet de réinstallation pour l’instant, mais je ne suis pas du tout dégoûtée par l’installation. »
Dr Julie Marcus, 35 ans
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