Des salles de « quarante mètres, quarante lits, quatre lavabos ». Des équipes de direction limitées à un directeur et ses « deux adjoints : le chef du personnel et l’économe ». Des surveillantes générales « portant une coiffe surmontée d’étoiles témoignant de [leur] grade ».
Voilà à quoi ressemble le service public hospitalier en 1977 quand Élisabeth de Larochelambert, jeune directrice tout juste sortie de l’école de Rennes, prend son premier poste à l’hôpital Charles-Foix d’Ivry. Quarante ans plus tard, les choses ont bien changé et cette fonctionnaire en témoigne lucidement. Le résultat est un ouvrage sorti aux Presses de l’EHESP* : « Confessions et convictions d’une directrice d’hôpital ».
L’objectif ? « Jouer le rôle de passeur au sein d’une profession qui évolue fortement », écrit l’auteure, aujourd’hui secrétaire générale de l’École des hautes études de santé publique (EHESP) qui forme les jeunes directeurs. Ces derniers liront avec intérêt et curiosité ce récit qui parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Mais ce n’est pas le seul intérêt du livre. Les professionnels de santé en général – et les médecins en particulier – y trouveront l’occasion de se plonger dans le quotidien d’un métier sous pression, finalement assez proche du leur, bien qu’ils aient tendance à le considérer comme surtout synonyme de restrictions budgétaires.
Directeur, docteur : même combat ?
Élisabeth de Larochelambert montre au fil des pages un profond respect pour les médecins. Elle insiste sur le plaisir éprouvé à côtoyer les « précurseurs de la gériatrie d’aujourd’hui » à l’hôpital Charles-Foix, sur le « soutien indéfectible » d’un président de CME lors d’une grève particulièrement dure à l’hôpital Emile-Roux de Limeil-Brévannes, ou encore sur son admiration pour le Pr Alain Carpentier, avec lequel elle a collaboré à l’HEGP.
Mais il y a chez cette directrice davantage qu’un simple attachement aux blouses blanches. Elle aborde des thèmes qui font le quotidien, voire l’ADN de la profession médicale. Il y a bien sûr les gardes qui reviennent « une semaine par mois en moyenne » ; la difficulté aussi à concilier vie personnelle et professionnelle, avec en arrière-plan le spectre du burn-out « qui guette tout dirigeant hospitalier profondément engagé dans l’accomplissement de ses fonctions ». Il y a surtout les injonctions paradoxales qui ne cessent de compliquer la prise de décision : ménager le temps long et le court terme, faire mieux avec moins, augmenter l'activité avec des moyens réduits... Mais Élisabeth de Larochelambert n’est pas là pour se lamenter. Car comme elle le rappelle avec humour, citant Jacques Chirac, « un chef, c’est fait pour cheffer ».
« *Confessions et convictions d’une directrice d’hôpital », 182 pages, juin 2017
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