Fort critiquée en 2010 pour sa gestion de l’épidémie virale H1N1, elle est actuellement presque unanimement adulée. Cela va des « grosses têtes » de Laurent Ruquier au très sérieux journal « Le Monde ». Je ne peux personnellement me joindre à cette « épidémie » de louanges et me sens obligé d’y mettre un bémol, d’expliquer mon point de vue.
Une bonne décision de santé publique nécessite une argumentation solide, une mise en œuvre de façon opérationnelle et doit enfin se révéler efficace au vu des résultats obtenus.
1.Concernant l'argumentation, en juin 2009 l’OMS déclare qu’il y a une pandémie grave par virus H1N1. Des mesures préventives lourdes sont prises par notre ministère de la Santé.
Le rapporteur de la Commission des questions sociales, de la santé et de la famille au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Paul Flynn, déclare le 23 mars 2010 que « l’OMS a pris une mauvaise décision, d’une façon plus irrationnelle que scientifique, et le monde entier a alors été pris de panique. On a eu peur qu’apparaisse une nouvelle pandémie, aussi grave que l’avait été la grippe espagnole de 1918. Il n’y a pas eu de base scientifique à cette décision. En fait, on s’est fondé sur un changement de définition de la pandémie, intervenu l’année dernière. Avant, une grippe était pandémique lorsque des milliers de décès étaient constatés. Désormais, est considérée comme pandémique une grippe grave ou bénigne. Le résultat de cette décision a été que nos pays ont gaspillé des milliards et des milliards de livres sterling. En effet, on a acheté quantité de vaccins qui n’ont pas été utilisés et ne le seront jamais. Il y a eu de la crainte, de l’anxiété ; les services sanitaires ont été perturbés dans le monde entier ; on a révisé les priorités pour se concentrer sur cette maladie. »
2. En France, la mise en œuvre des vaccinations a été difficile et n’a touché qu’une petite minorité de la population.
3. Les résultats n’ont pas été transcendants. Des millions de vaccins nous sont restés sur les bras et nous avons eu de grosses difficultés à nous en débrasser.
Que faut-il retenir de toute cette histoire ? Certains pays comme la France et le Royaume-Uni ont surréagi aux recommandations de l’OMS. Ce n’a pas été le cas de tous. En Pologne, la ministre de la Santé Eva Kopacz, médecin généraliste et pédiatre de formation s’est refusée à l’achat massif de vaccins. Elle n’a pas accepté les conditions d’achat proposées par les sociétés pharmaceutiques. Elle a fait économiser des millions d’euros à la Pologne.
Pour revenir à Roselyne Bachelot, on peut considérer que les critiques subies immédiatement après la crise en 2010 étaient trop violentes et exagérées. Cela n’autorise pas à la féliciter pour avoir acheté des millions de vaccins inutiles. Elle a en somme « ouvert le parapluie » alors qu’il ne pleuvait pas.
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