Près d’un mois après la parution des résultats intermédiaires de son essai clinique Solidarity, l’OMS préconise de ne pas utiliser le remdesivir chez les patients hospitalisés, et ce quelle que soit la gravité de la maladie. Dans une recommandation conditionnelle, l’agence sanitaire avance en effet qu’il n’existe actuellement « aucune preuve que le remdesivir améliore la survie et d’autres résultats chez ces patients ».
Cette recommandation est en fait fondée sur un avis publié dans le BMJ émis par une trentaine d’experts de l’OMS. Afin d’élaborer des lignes directrices pour le traitement de l’infection à SARS-CoV-2, ces spécialistes ont en effet étudié des données issues de quatre essais cliniques – dont les investigations de l’OMS (Solidarity) et de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses, ou NIAID (NIAID-ACTT-1) – concernant, en tout, plus de 7 000 patients hospitalisés pour covid-19.
Résultat : le remdesivir ne semble réduire que faiblement le besoin de ventilation mécanique, le temps de récupération, etc. Cependant, des recherches supplémentaires sont attendues pour confirmer ces conclusions en particulier dans des sous-groupes spécifiques de patients – d’où une recommandation seulement « conditionnelle ». « Il y a peut-être certains signaux selon lesquels les gens qui sont moins malades ou en sont à un stade plus précoce de la maladie pourraient être une zone à explorer », aurait déclaré, d’après l’AFP, l’un des experts de l’OMS.
Des conclusions trop basées sur les résultats de Solidarity, d’après Gilead
Si ces recommandations n’incitent donc pas à abandonner définitivement le remdesivir, le laboratoire Gilead, qui commercialise ce médicament sous le nom de Veklury, a toutefois « regretté » que les données issues des trois essais cliniques publiées dans des grandes revues scientifiques et relativement favorables à la molécule n’aient pas plus pesé dans l’analyse des experts de l’OMS que les résultats de Solidarity, pas intégralement divulgués et pas encore soumis à un examen par les pairs.
L’un de ces trois essais, l’ACTT-1, qui suggérait que le médicament pouvait réduire de cinq jours la récupération des personnes hospitalisées, et de sept jours leur besoin en oxygénothérapie, était pourtant randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo, plaide le laboratoire dans un communiqué. Le remdesivir « est reconnu comme le soin standard pour le traitement des patients atteints de la COVID-19 hospitalisés par de nombreuses organisations nationales crédibles telles que le NIAID, le Japon, le Royaume-Uni et l’Allemagne » et est autorisé contre le covid-19 dans « plus de 50 pays du monde » insiste-t-il.
Un engouement faible en Europe
Mais si le remdesivir est bien, le premier médicament à avoir reçu une AMM européenne conditionnelle contre le covid-19, il suscite moins d’enthousiasme sur le vieux continent qu’Outre Atlantique, affirme l’AFP.
L’agence européenne du médicament, qui a autorisé le recours au remdesivir dans l’UE pour « les adultes et adolescents à partir de 12 ans atteints de pneumonie et nécessitant un supplément d'oxygène » sur la base des résultats de l’étude NIAID-ACTT-1, continue d’examiner les données de littérature afin de s’assurer de la pertinence de cette AMM. Depuis la mise sur le marché, l’EMA aurait obtenu du laboratoire des données cliniques complémentaires, et évaluerait à l’heure actuelle des chiffres de mortalité à 28 jours ainsi qu’un « signal de toxicité rénale ». De même, face aux recommandations de l’OMS, l'EMA affirme avoir demandé à l’OMS « les données complètes de Solidarity ».
En France, la HAS a jugé dès septembre le service médical rendu du remdesivir « faible » dans la prise en charge des patients hospitalisés nécessitant une oxygénothérapie à faible débit, voire "insuffisant" chez ceux nécessitant une oxygénothérapie à haut débit, une oxygénothérapie lors de la ventilation assistée non invasive ou invasive ou une oxygénothérapie par membrane extracorporelle (ECMO). Et ce compte tenu notamment du délai très court de réduction de rétablissement clinique qu’il semble permettre, d'une absence de preuve d'efficacité sur la mortalité, et d’un manque de données concernant la charge virale.
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