Infectiologie

Suspicion de grippe A : conduite à tenir

Publié le 07/05/2009
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Le médecin traitant est, avec le centre 15, le relais officiel de prise en charge et d’orientation d’un sujet suspect. Voici une fiche simple à l’usage du médecin pour assurer la gestion des cas suspects.

Crédit photo : ©DR

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Au 4 mai, le nombre total de cas confirmés en France d’infections au virus grippal émergent A/H1N1 s’élevait à 4, avec 8 cas probables en investigation. L’épidémie continue de progresser sans modification qualitative notable au Mexique et aux Etats-Unis. Les cas en Europe reflètent cette tendance avec une progression des cas importés à partir du Mexique et l’apparition d’un second cas importé des Etats-Unis (Texas) (1). L’OMS maintient l’alerte en phase 5 sans la rehausser. A ce jour, la menace de pandémie s’éloigne, du moins pour les mois à venir, même si une seconde vague est à craindre pour la rentrée. Tout médecin français peut être confronté à des personnes présentant des symptômes compatibles avec une infection à nouveau virus grippal.

COMMENT RECONNAÎTRE UN PATIENT PORTEUR DE LA NOUVELLE GRIPPE A ?

-) Une personne présentant un syndrome respiratoire

aigu brutal (signes généraux : fièvre › 38° ou courbatures ou asthénie et signes respiratoires : toux ou dyspnée) devient un cas possible si dans les sept jours avant le début de

ses signes elle a séjourné dans une zone dans laquelle une circulation du virus émergent H1N1 a été mise en évidence, ou si elle a eu un contact étroit avec un cas possible, probable ou confirmé pendant la période de contagiosité de celui-ci, cette période débutant 24 heures avant le début des signes.

-) Les contacts étroits (particulièrement exposés aux contaminations par gouttelettes) sont définis comme :

– personnes partageant le même lieu de vie que le cas

index : famille, même chambre d’hôpital ou d’internat ;

– contact direct, en face à face, à moins d’un mètre du cas index au moment d’une toux, d’un éternuement ou lors d’une discussion ; flirt ; amis intimes ; voisins de classe ou de bureau ; voisins du cas index dans un avion ou un train.

-) Tout épisode de cas groupés d’infections respiratoires aiguës basses, défini par au moins 3 cas dans une même collectivité doit être signalé à l’InVS sans délai.

-) Ne pas utiliser les tests de diagnostic rapide par écouvillonnage naso-pharyngé, parfois utilisés dans le cadre du suivi des grippes saisonnières. Selon le Dr Anne Mosnier : « ces tests ne sont pas fiables pour diagnostiquer le H1N1. »

PRISE EN CHARGE

-) Le centre 15. Si ces personnes vérifient les critères correspondant à la définition de cas possible, il est impératif de contacter le centre 15 qui a une double mission.

– Réguler et assurer le transfert des transports des cas possibles vers les services d’infectiologie de référence les plus proches. La mise en œuvre d’un isolement respiratoire est assurée dès la prise en charge initiale du patient : masque chirurgical pour le patient et FFP2 pour le personnel en contact direct avec celui-ci et utilisation d’une solution hydro-alcoolique.

– Signaler le cas à l’InVS pour une évaluation épidémiologique et la confirmation du classement en cas possible

PROTECTION DES PERSONNES

Les mesures d’éviction

L’arrêt des activités professionnelles, scolaires ou de loisir pour les personnes sans signe clinique de grippe au retour du Mexique n’est pas recommandé. Mais, deux situations particulières doivent être considérées :

– le cas des professionnels revenant du Mexique, en contact, du fait de leur métier, avec des enfants de moins de 1 an : une suspension d’activité professionnelle de sept jours est recommandée. Les enfants de moins de 1 an revenant du Mexique ne doivent pas être en contact avec d’autres enfants de moins de 1 an, pendant sept jours, et par conséquent il faut éviter les modes de garde collectifs.

– Par ailleurs, il est recommandé aux personnes revenant du Mexique, et ce, afin de protéger leur entourage, de respecter les mesures d’hygiène, en particulier si elles vivent avec un enfant de moins de 1 an.

Les mesures d’hygiène pour les sujets suspects

Ces mesures sont notamment le lavage des mains au savon, plusieurs fois par jour, l’utilisation systématique d’un mouchoir pour éternuer et pour tousser, l’élimination correcte des mouchoirs dans une poubelle, l’usage d’un masque chirurgical en cas de contact proche avec un enfant de moins d'un an

Protection des soignants

Il est rappelé que toutes les mesures barrières d’hygiène doivent être mises en œuvre, notamment le port d’un masque FFP2 par les médecins, le lavage des mains et l’usage fréquent de solutions hydro-alcooliques. Le matériel de soins en contact avec les patients suspects doit être désinfecté au décours de la consultation.

Les personnes contacts

Il doit être recommandé aux personnes en contact étroit des cas possibles de rester à domicile et d’éviter les contacts avec des tiers. En cas d’apparition de fièvre ou de signes respiratoires, les personnes contacts doivent contacter le centre 15 pour réévaluer leur situation. En coordination avec le service d’infectiologie, les contacts étroits des cas probables et confirmés recevront une prophylaxie par un inhibiteur de la neuraminidase sans attendre le résultat de l’investigation biologique et resteront à domicile.

Pas d’antiviraux systématiques

Si l’oseltamivir et le zanamivir inhibent la neuraminidase du virus H1N1, ils ne doivent pas être prescrits en médecine de ville à ce stade de l’épidémie. Cette prescription, en l’état actuel des choses, n’est réalisée qu’en milieu hospitalier. « Tout cas particulier doit être discuté avec

un infectiologue », propose le Dr Mosnier.

S’INFORMER

Deux sites officiels sont régulièrement actualisés :

- celui de l’InVS : www.invs.sante.fr

- site pandémie grippale : www.pandemie-grippale.gouv.fr

Tous les professionnels de santé sont invités à s’inscrire (gratuitement) à la messagerie d’Alerteè?DGS-Urgent?: htps://dgs-urgent.sannte.gouv.fr/dgs-urgent/inter/inscripton.jsp

INFORMATION DES PATIENTS

Informations générales : 0825. 302. 302

Informations aux voyageurs : 01. 45. 50. 34. 60

Dr Linda Sitruk (fmc@legeneraliste.fr), d’après un entretien avec le Dr Anne Mosnier (Coordination nationale des GROG, Open Rome, Paris) et d’après sources InVS.

Source : Le Généraliste: 2488