Hypertension artérielle

Un traitement à vie pas toujours facile à accepter

Publié le 02/07/2010
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Maladie silencieuse, l'hypertension artérielle essentielle doit bénéficier d’un suivi et d’un traitement à vie. Mais l'adhésion thérapeutique du patient est parfois difficile à obtenir.

La médecine du travail vient de dépister une HTA

à 16/10 chez M. G., 41 ans. Il me demande si le traitement sera à vie comme son frère aîné et son père qui souffrent eux aussi d’une hypertension sévère traitée depuis longtemps…

Un changement de statut

Poser le diagnostic d'hypertension artérielle essentielle (HTA) n'est pas anodin pour le patient car c'est lui donner le statut de malade alors qu'il ne ressent rien le plus souvent. Aussi faut-il être prudent avant d'annoncer ce diagnostic qui peut être vécu comme très angoissant pour certains patients alors que pour le médecin, il s'agit d'une maladie courante pour laquelle les traitements et le suivi sont bien codifiés. D’après les recommandations officielles *, il faut trois mesures différentes avec des chiffres élevés de PA pour porter le diagnostic d’hypertension artérielle (HTA).

Des représentations à explorer

Pour M. G., 41 ans, les interrogations vis-à-vis du diagnostic d’HTA portent sur le caractère illimité du traitement antihypertenseur s’il est instauré comme pour son père et son frère. Pour ce patient, les représentations de la maladie hypertensive prennent appui sur l’expérience du frère et

du père avec un caractère sans doute héréditaire de cette pathologie. Il est donc utile d’interroger ce patient sur l’expérience dont ont témoigné ses proches à prendre un traitement à vie et sur les effets secondaires dont ils ont eu éventuellement à souffrir du fait de ce traitement. Mais les représentations de cette maladie sont très variables d'un patient à l'autre, en fonction de son histoire, de son environnement socioculturel. Au médecin d'être à l'écoute pour adapter son discours médical à chaque patient.

Donner au patient des leviers pour agir

Informer sur la maladie, ses risques et ses traitements est une première étape pour faire accepter un traitement « à vie ». D’autant que de nouveaux traitements anti-hypertenseurs sont aujourd’hui disponibles le plus souvent en monoprise et présentant moins d’effets secondaires que des traitements plus anciens. Les mesures hygiéno-diététiques pour réduire l'HTA sont à délivrer en précisant que ces mesures réduisent aussi le risque cardiovasculaire global (arrêt du tabac, exercice physique régulier, réduction de la surcharge pondérale…). L’espoir peut être donné d’une réduction ou d’un maintien des doses d’antihypertenseur du fait de ces mesures hygiéno-diététiques, procurant au patient enfin le sentiment d’avoir à porté de main quelques

leviers pour mieux maîtriser son traitement « à vie ».

* ESC/ESH : Recommandations européennes pour la prise en charge de l'HTA, actualisation 2009.
Dr Jean-Pierre Rageau

Source : lequotidiendumedecin.fr