L’automne et l’après-crise sont « compliqués pour l’hôpital sur le plan des ressources humaines », a résumé le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Frédéric Valletoux, ce mercredi matin. Si certains témoignages laissent à penser que l’hôpital est soumis à une vague de départs, « les choses sont plus perlées qu’elles n’en ont l’air », nuance le maire de Fontainebleau. Et de se féliciter que les établissements ont réussi à garder le cap, « malgré plus de 18 mois d’épidémie, une tension forte sur les organisations et des personnels inquiets pour la suite ».
Obligation vaccinale et fébrilité
Il n’en demeure pas moins que la situation est « plus tendue que d’habitude » en termes de ressources humaines, a mis en garde la déléguée générale de la FHF Zaynab Riet, persuadée que l’on est sur « une ligne de crête ».
De fait, si l’on prend la moyenne des établissements, le taux d’absentéisme est de l’ordre de 10 %, tandis que la proportion de postes vacants de soignants se situe entre 2 à 5 %. Par ailleurs, la « fébrilité en matière de mise en œuvre de l’obligation vaccinale » a laissé des traces, selon Zaynab Riet. Même si la quasi-totalité des professionnels de santé ont décidé de se faire vacciner, « nous avons ici et là des poursuites de revendications sociales qui se pérennisent ».
Mais, in fine, « cela s’est plutôt bien passé dans la majorité des cas, cela n’a pas perturbé les équipes de façon générale », estime Amélie Roux, responsable du pôle ressources humaines hospitalières de la FHF. À l’image du CHU de Reims, où 99,8 % des agents sont vaccinés, selon le coordinateur général des soins de l’établissement qui a évoqué à peine 17 suspensions, dont 3 infirmiers et un aide-soignant, dans une région où, il est vrai, la couverture vaccinale est très forte.
Suite des déprogrammations
Le problème est que l'ensemble de ces facteurs « limitent l’activité hospitalière et ne permettent pas de répondre à la demande de rattrapage de soins qui est née de la crise sanitaire », alerte Zaynab Riet. Les activités non urgentes avaient été brutalement arrêtées durant le premier confinement dans les hôpitaux. Puis ceux-ci ont pris en charge 80 % des patients hospitalisés pour Covid lors des 2e et 3e confinement et ont continué à subir des déprogrammations.
Pour se faire une idée plus précise du moral des troupes, la FHF a mené une enquête auprès des responsables de 150 établissements (CHU, centre hospitaliers, établissements médico-sociaux), de mi-juillet à mi-août. Quand on leur demande une appréciation générale de la situation, celle-ci est jugée bonne à 27 %, mauvaise à 66 % et très mauvaise à 7 %… Surtout, les établissements sont peu optimistes au sujet d'une amélioration d’ici à la fin de l’année. Autre indice de préoccupation : la situation est perçue comme plus tendue qu’en 2019 (à 75 %) et même qu'en 2020 (56 %), ce qui montre qu’elle tend à « se fragiliser » en raison de la crise sanitaire qui s’éternise.
Postes vacants
La problématique des postes vacants et des tensions de recrutement restent d’actualité, selon cette enquête. « La situation est plus difficile dans les CH que les CHU, et encore plus difficile dans les établissements médico-sociaux », précise Amélie Roux. Le problème des postes non pourvus se pose surtout pour les infirmiers et infirmiers spécialisés (et non les aides-soignants).
L’enquête confirme aussi que de nombreux professionnels sont épuisés voire désabusés par plus de 18 mois de crise. « À force de se désorganiser, de devoir décaler ou reprogrammer des activités, il y a des pertes de sens et, dans un contexte où on n’arrive pas répondre à toute la demande, c’est difficile de se remobiliser », observe Amélie Roux. Elle constate de moins en moins de marges de manœuvre en termes de recrutement, y compris sur l’intérim. Selon elles, « ces solutions de court terme qui étaient parfois utilisées pour soulager des situations de tension aiguë ne sont plus forcément possibles ».
Vers un assouplissement de la loi RIST
Lors de ce bilan social et RH, la FHF a évoqué les conséquences possibles de l’entrée en vigueur de la loi Rist, censée plafonner strictement la rémunération de l’intérim médical à compter du 27 octobre. Si la fédération reste favorable à une régulation des tarifs de l’intérim, elle demande en parallèle la mise en place des leviers d’attractivité pour les praticiens en poste, autrement dit la publication des textes sur la modernisation du statut des PH. Il s’agit notamment de la revalorisation de la prime d’exercice territorial, mais aussi des contrats liés aux praticiens contractuels.
Si ces textes ne sont pas publiés rapidement, « cela risque d’entraîner des difficultés de continuité des soins dans certains établissements », avertit Zaynab Riet. Car, aux problématiques de démographie médicale ou de faible attractivité dans certains territoires, s’ajoutent des « inégalités de rémunérations entre le secteur privé et public qui entraînent des fuites de professionnels médicaux », selon la déléguée générale de la FHF. Et d’évoquer la lourde charge mentale et physique liée à la prise en charge de patients Covid depuis plus de 18 mois, ce qui a eu un impact en matière d’absentéisme.
Phase transitoire
Elle espère donc qu’il y aura une phase transitoire « pour permettre de faire paraître les textes et pouvoir discuter et préparer leur mise en œuvre ». Elle milite également pour qu’un temps supplémentaire soit laissé aux établissements, afin qu’ils mettent en place et identifient les solutions avec les agences régionales de santé.
Reste à savoir comment Olivier Véran va « adapter la réforme [du plafonnement des tarifs de l'intérim] de manière très pragmatique sur le terrain », comme le lui a demandé Jean Castex. Sur ce point, la FHF, se veut optimiste. « On a beaucoup d’échanges avec le ministère et on espère avoir été entendus. Une annonce sera probablement faite en ce sens », pronostique Zaynab Riet précisant qu’il ne s’agira surtout pas « d’enterrer l’intérim dérégulé ».
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