LE QUOTIDIEN : Vous pilotez Elsan depuis un an. Quelles sont vos priorités ?
THIERRY CHICHE : Nous possédons 120 établissements de santé – dont deux au Maroc – où travaillent 25 000 salariés et 6 500 médecins, pour l'essentiel libéraux. Elsan soigne deux millions de patients par an. Nous voulons devenir un groupe de santé de classe mondiale ! Nous ne souhaitons pas être le plus gros en taille mais en excellence. 2018 a été une année de travail intense, et nous sommes désormais bien engagés dans une mutation prometteuse du groupe au niveau des territoires.
En quoi consiste cette approche territoriale ?
Nous construisons sur 38 territoires des « anti-GHT », sans hiérarchie entre les cliniques et fondés sur la somme des atouts. C'est par exemple le cas à Perpignan, où une de nos structures, très forte en néphrologie, propose une petite activité de soins de suite (SSR). En regroupant le SSR sur une autre clinique, on libère de l'espace pour développer un projet médical plus ambitieux dans la spécialité de prédilection de cet établissement. Mais attention : c'est un projet, et si le déplacement d'activité ne semble pas naturel aux équipes, il n'a aucune raison d'avoir lieu.
Misez-vous sur l'intelligence artificielle et le digital pour séduire patients et médecins ?
Oui, car cela peut faire partie des critères d'installation en clinique des jeunes médecins et améliorer le quotidien et le suivi des patients. Faire partie d'un grand groupe est un atout car le digital réclame des millions d'euros d'investissement.
Avec un taux de chirurgie ambulatoire à 60 %, nos patients restent finalement peu dans nos cliniques. C'est pourquoi nous allons déployer en 2019 dans 46 cliniques notre assistant digital ADEL, conçu avec Docapost. Cet outil rappelle au patient son protocole de soins en amont, le guide par un plan interactif dans la clinique et le suit en aval. C'est comme avoir un médecin ou une infirmière dans sa poche !
Nous travaillons également avec Microsoft pour améliorer nos dossiers patients, avec la start-up Doctoconsult pour proposer de la téléconsultation en santé mentale – par exemple pour la dépression post-partum – et avec l'entreprise Sivan Innovation, créatrice de l'appli Moovcare de détection des récidives de cancer du poumon.
Quelle est votre politique sur les dépassements d'honoraires ?
Il est normal et même légitime qu'une équipe médicale experte soit bien rémunérée. Il faut toutefois que cela reste raisonnable et accessible pour les patients. Nous encourageons le tact et mesure. Dans leur grande majorité, les médecins libéraux se montrent responsables. Si ce n'est pas le cas – ce qui est exceptionnel –, nous échangeons sur le sujet en direct avec le praticien.
La Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) salue le travail d'Agnès Buzyn. Êtes-vous sur la même ligne ?
Seul le rabot était à l'œuvre. Nous sommes soulagés de voir que ce n'est plus le cas. Ce n'est pas pour autant le feu d'artifice !
Certes, Agnès Buzyn a augmenté nos tarifs et dynamisé l'enveloppe consacrée au financement à la qualité, l'IFAQ, ce qui est une bonne idée, mais on reste loin du compte. Elsan, comme l'ensemble du secteur, possède une clinique sur quatre dans le rouge.
Le gouvernement veut réduire la tarification à l'acte et à l'activité au profit des forfaits, du paiement à l'épisode de soins. Y êtes-vous favorables ?
La tarification à l'acte est lisible, simple et a du mérite… sauf quand le tarif de l'acte est inférieur à l'inflation, ce qui est le cas ! On vit une situation idiote avec des tarifs élaborés il y a 20 ans ! C'est criant pour les actes d'obstétrique, totalement sous-facturés [voir encadré]. Il faut faire vivre les nomenclatures.
Le paiement d'une équipe médicale au forfait va dans le sens de l'histoire mais reste complexe. Prenons le cas d'une prothèse de hanche : comment faire s’il y a opération dans un secteur et reprise dans l'autre ? Il ne faudrait surtout pas plaquer ce nouveau financement de façon brutale sans penser aux conséquences.
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