Un livre sur la (vraie) vie aux urgences

Plongée au cœur de l’humanité

Publié le 12/12/2013
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LE 20 FÉVRIER 2013, elle démissionne. Celle qui dirigeait les urgences de l’hôpital de Roubaix depuis 30 ans jette l’éponge, lassée de n’avoir pas obtenu des postes de gardes supplémentaires la nuit. Le Dr Marie-Anne Babé revient sur sa longue et passionnante carrière dans un ouvrage, « Une urgentiste dans la tourmente », publié chez Jean-Claude Gawsewitch.

Elle y raconte tout. Le rôle primordial des infirmières qui font le tri entre l’urgence vraie et l’urgence ressentie, le brancardier dépressif qui s’est planté un cathéter dans le bras et qui s’injecte en douce les médicaments du service, l’anesthésiste drogué, remis en selle par une discrète mutation, mais que le SMUR trouvera mort à son domicile. Overdose de cocaïne.

Les anecdotes illustrent les conditions de travail, les conditions d’accueil aussi, pas toujours reluisantes. Louise, 85 ans, le col du fémur fracturé après s’être pris les pieds dans le tapis, passe72 heures sur un brancard. Aucune place nulle part, pas même en gériatrie. « Mieux vaut prendre en charge un jeune cancéreux à qui l’on adaptera le traitement avant un retour à domicile, plutôt qu’un patient âgé en fin de vie dont la convalescence plombera les recettes du service. Mais l’hôpital reste un service public! », note l’urgentiste, navrée.

Coup de gueule.

Cette « course sans fin » après les lits place les urgentistes sous pression. Les patients râlent, leur entourage surtout. La tarification à l’activité conduit l’hôpital de Roubaix - comme tous les autres hôpitaux - à éviter au maximum les transferts pour ne perdre aucune recette. « Et qu’importe si le service adapté n’a pas de place, la direction de l’hôpital exige que nous gardions le patient coûte que coûte ».

Le dernier chapitre s’intitule « partir ». La chef de service revient sur son dernier combat. Elle relate ses échanges avec la directrice, le sous-effectif la nuit, la demande de renfort. La direction ne lui répondra pas, ses confrères spécialistes ne la soutiendront pas. « Le cri du cœur n’est pas entendu. (...) La confiance est brisée », regrette le médecin. Les deux postes concédés par l’Agence régionale de santé ne suffiront pas à la retenir. « Je pars sereine, mais j’espère que ce coup de gueule ne sera pas vain », conclut le Dr Babé.

D. CH.

Source : Le Quotidien du Médecin: 9288