LE QUOTIDIEN : Medecos est aujourd’hui identifiée pour ses formations et son coaching. Quel est le point de départ de votre démarche ?
JEAN-BAPTISTE THÉVENOT : Je suis fils de médecin et entouré de médecins dans ma famille. J’ai donc grandi très près du monde médical, avec des professionnels extrêmement compétents dans leur cœur de métier mais souvent très démunis en dehors de leur champ d’expertise. Je l’ai vu très concrètement lorsque ma mère a dû s’informatiser : cela a été extrêmement compliqué.
Après mes études d’ingénierie, j’ai créé mes premières sociétés en 2007. J’ai alors compris ce que signifiait être chef d’entreprise. Et je me suis posé une question très simple : comment font les médecins libéraux, qui sont de facto chefs d’entreprise, sans aucune formation à la gestion, et avec un niveau de risque personnel très élevé ? À l’époque, une erreur pouvait engager leur patrimoine personnel. J’ai commencé à aider des médecins de manière informelle : lire un bilan, comprendre une activité, structurer un cabinet. Les demandes se sont multipliées, ce qui a fait émerger un besoin clair : former et accompagner les médecins sur tout ce qui entoure leur exercice.
Les médecins sont souvent seuls face aux décisions entrepreneuriales
Le don de matériel médical a été la première activité visible de Medecos. Comment s’inscrit-il dans cette logique ?
Le don de matériel a été le déclencheur, pas la finalité. Lorsque ma mère est partie à la retraite en 2019 sans repreneur, elle ne savait pas quoi faire de son matériel et envisageait de le jeter. J’ai trouvé une solution via une association, puis constaté un énorme problème de mise en relation entre médecins et structures capables de récupérer ce matériel. Cela a permis de structurer Medecos mais surtout de mettre en lumière une réalité beaucoup plus large : les médecins sont souvent seuls face aux décisions entrepreneuriales. Le don de matériel a été une porte d’entrée vers une réflexion globale sur l’accompagnement des libéraux.
Vous parlez d’un déficit massif de culture économique chez les médecins. Que constatez-vous ?
Nous voyons régulièrement des médecins investir dans du matériel très coûteux sans avoir fait de business plan. Ils achètent une machine à 50 000 euros puis se rendent compte deux ans plus tard qu’ils ne l’utilisent pas suffisamment, tout en étant engagés sur un leasing impossible à rompre. Ils découvrent trop tard les différences entre achat, crédit, leasing ou location longue durée. Résultat : revente à perte ou charges inutiles. C’est la même chose pour l’informatique, la maintenance ou les contrats de service. J’ai vu des médecins payer 300 euros par mois pour la maintenance de deux ordinateurs et d’une imprimante. En analysant le parcours de plus de 250 médecins partant à la retraite, nous avons identifié que 80 % des difficultés rencontrées dans leur carrière relevaient de problèmes de gestion. C’est ce constat qui nous a conduits à développer une offre de formation structurée.
Nous voyons des médecins investir dans du matériel très coûteux sans avoir fait de business plan
Comment s’organise l’offre de formation et de coaching de Medecos ?
Tout commence par une formation socle d’1 h 30, dispensée chaque mois avec sept organismes partenaires. Environ 50 médecins sont formés chaque mois. Elle n’est pas financée par le DPC ou le FIF-PL mais permet d’éviter la majorité des erreurs majeures de gestion. Cette formation vise à transmettre un raisonnement de chef d’entreprise : comprendre les coûts, poser des hypothèses, mesurer les risques avant de décider. Elle est souvent suivie de coaching sur des moments clés de la vie professionnelle : choix du statut (BNC, Selarl), fiscalité, association et pacte d’associés, recrutement, ou encore préparation à la retraite. L’objectif n’est pas de faire des médecins des experts en gestion mais de leur donner une base solide de compréhension suffisante pour qu’ils sachent s’entourer et poser les bonnes questions.
Recrutement, association, investissements : où se situent les principaux points de vigilance ?
Le recrutement est un très bon exemple. Beaucoup de médecins recrutent sans avoir formalisé leurs besoins. Il suffit parfois de poser des questions très simples : la personne sait-elle faire ce que je vais lui demander ? saura-t-elle le faire demain ? est-elle à l’aise au téléphone ? La même logique s’applique à l’association. S’associer, c’est recruter ses associés. Louer des locaux à d’autres médecins, c’est aussi recruter des locataires. Là encore, anticiper permet d’éviter énormément de conflits. Une fois le médecin formé et coaché, il arrive souvent à l’étape suivante : investir dans du matériel ou dans l’immobilier. Sur ce sujet justement, nous avons constitué une équipe de négociateurs pour les accompagner en binôme. Notre modèle est simple : nous ne nous rémunérons que sur ce que nous faisons réellement gagner au médecin.
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