La majorité des médecins libéraux s’appuient sur deux piliers obligatoires de la protection sociale : la Cpam, qui indemnise les arrêts de travail à court terme, et la Carmf, régime de retraite et de prévoyance. Pourtant, ce dispositif n’intègre ni les charges fixes du cabinet (loyer, revenus, emprunts), ni les situations d’invalidité partielle. Concrètement, côté Cpam, depuis le 1er janvier 2026, la moyenne des revenus pris en compte est plafonnée à trois fois le montant du plafond annuel de la Sécurité sociale (Pass) en vigueur au jour du constat médical de l’incapacité de travail. Au-delà, la Carmf prend le relais, avec des montants qui varient selon la classe de cotisations mais qui restent bien inférieurs au revenu réel d’activité. Plafonnement des IJ, délais de franchises, absence de prise en charge des frais professionnels et reconnaissance restrictive de l’invalidité : il est important de s’en prémunir tôt, pourquoi pas dès l’internat.
Le contrat forfaitaire s’adresse davantage aux libéraux en début de carrière ou en phase de constitution de patientèle
Deux profils, deux familles de contrats
Les contrats fonctionnent souvent selon un principe indemnitaire. L’objectif est de replacer l’assuré dans une situation financière équivalente à celle qu’il connaissait avant l’arrêt de travail ou l’invalidité. L’assureur vérifie alors les revenus réels de l’assuré et déduit les prestations versées par la Sécurité sociale et la Carmf. Ce mode d’indemnisation est adapté aux professionnels disposant d’une activité établie et de revenus stables, lorsqu’une patientèle est constituée ou que des remplacements réguliers assurent une visibilité financière. À l’inverse, le contrat forfaitaire s’adresse davantage aux libéraux en début de carrière ou en phase de constitution de patientèle. Il apporte une sécurité financière lorsque les revenus sont encore fluctuants ou imprévisibles. Dans ce type de contrat, les IJ en cas d’arrêt de travail, ainsi que la rente en cas d’invalidité, sont fixées dès la souscription, sans lien direct avec le revenu réel de l’assuré au moment du sinistre. Il est ainsi possible de prédéfinir des montants distincts pour les 90 premiers jours d’arrêt, pour la période allant du 91e jour jusqu’à trois ans, ainsi que le montant de la rente d’invalidité.
Arbitrer pour personnaliser
Arrêt de travail : l’indemnité journalière Cpam est égale à 1/730e du revenu d’activité annuel moyen (Raam), calculé sur la moyenne des revenus cotisés des trois années civiles précédant l’arrêt. Cette moyenne est plafonnée à trois fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (Pass) en vigueur au jour du constat médical de l’incapacité, soit 3 × 48 060 € brut au 1er janvier 2026. Même si le revenu annuel moyen est supérieur à ce plafond, l’indemnité journalière ne peut excéder 197,51 € brut à cette date. On l’aura compris, l’un des premiers critères de vigilance concerne les indemnités journalières. Leur montant, leur délai de déclenchement (franchise) et leur durée de versement varient fortement selon les contrats. Car un différentiel de quelques jours de carence ou de dizaines d’euros par jour peut avoir un impact majeur sur la trésorerie du cabinet. Elles doivent être clairement définies contractuellement, versées sans interprétation restrictive en cas de sinistre, et maintenues en cas de reprise à temps partiel thérapeutique.
Invalidité : cette situation constitue le principal point de rupture entre la couverture obligatoire et les contrats complémentaires. Le régime de base ne reconnaît que l’invalidité totale, excluant l’incapacité partielle pourtant fréquente dans l’exercice médical, la rente d’invalidité de la Carmf n’étant versée qu’en cas d’invalidité « totale et définitive ». Les contrats les plus protecteurs intègrent donc une rente, déclenchée dès un taux d’invalidité faible (par exemple à partir de 15-16 %) et calculée selon un barème professionnel tenant compte de l’impact réel de la pathologie ou de l’accident sur l’exercice médical. Déterminant pour les spécialistes dont l’activité repose sur des gestes techniques précis.
Capital décès : l’enjeu est d’assurer une protection financière suffisante aux proches. Les contrats proposent généralement soit un capital versé aux bénéficiaires désignés, soit des dispositifs combinant capital et rentes. Un choix structurant, qui dépend autant de la situation familiale que des besoins à long terme des ayants droit. Là encore, l’enjeu n’est pas le montant affiché mais la cohérence de la garantie avec une situation personnelle.
Vigilances : carence, franchises et exclusions
Souvent négligée, la distinction entre délais d’attente et franchises a pourtant un impact direct sur la trésorerie du cabinet. Mieux vaut opter pour des franchises courtes en cas d’accident ou d’hospitalisation, et un calibrage fin des délais pour la maladie, en cohérence avec la situation financière du praticien, son niveau de charges professionnelles et sa capacité à absorber plusieurs semaines sans revenus. Et souscrire tôt, dès l’internat, afin de limiter les exclusions liées aux antécédents médicaux. Ces paramètres sont d’autant plus critiques que certaines situations – hospitalisation, pathologies chroniques… – peuvent être assorties de limitations ou d’exclusions spécifiques. Tout comme la pratique sportive ! Sachez que de nombreux contrats exigent une déclaration précise des activités pratiquées – ski, plongée, moto, sports de combat ou compétitions – susceptibles de faire l’objet d’une étude complémentaire. En somme, la prévoyance doit être pensée comme une protection personnalisée, tenant compte de la situation familiale (mariage, enfants), des projets de vie (maternité), du niveau de revenus et des pratiques à risque, notamment sportives. Prévoir, comparer, arbitrer : une démarche stratégique plutôt qu’assurantielle.
Les bons réflexes à avoir
• Réévaluer tous les trois à cinq ans et à chaque évolution personnelle (mariage, naissance) ou professionnelle (variation des revenus, changement de loisirs…)
• Éviter toute rupture de droits en maintenant ses cotisations à jour et déclarer systématiquement ses arrêts de travail auprès de la Carmf et de l’organisme de prévoyance, afin d’activer les garanties sans allongement des délais de franchise
• La comparaison des contrats doit intégrer : les exclusions et limitations, avec un point de vigilance pour les pathologies (discovertébrales, affections psychiques, grossesses pathologiques) et en cas de pratiques sportives à risque ou professionnelles
• Étudier les options type « frais généraux permanents , ou « frais professionnels », couvrant tout ou partie des frais fixes au cabinet
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