L’exercice 2025 commençait pourtant sous de bons auspices pour la quatrième année d’internat de médecine générale (dite « 4A »). Le 27 janvier, en visite à la maison de santé de Châtillon (Hauts-de-Seine), le ministre de la Santé de l’époque, Yannick Neuder, promet une publication « rapide » des derniers décrets manquants. Objectif : éteindre le feu à la veille d’une mobilisation d’ampleur des internes de médecine générale, qui réclament le report de cette réforme de la formation, jugée « bâclée » et « précipitée ». L’ex-locataire de Ségur affiche son intention de combler le retard accumulé par ses prédécesseurs, en esquissant des perspectives claires et échelonnées. Le même jour, il annonce la création d’un comité de suivi ainsi que le lancement d’une cartographie des terrains de stage. Le train est lancé.
Malgré ces gages, les internes de médecine générale maintiennent la pression et défilent en nombre fin janvier : plus de 1 400 futurs médecins battent le pavé dans Paris. Leurs syndicats expliquent que cette réforme sera « inapplicable en novembre 2026 », au regard du chantier.
Consensus impossible
Pour tenter d’apaiser les esprits, le ministère annonce le lancement, dès le mois de mai, de groupes de travail thématiques et de comités réguliers réunissant les parties prenantes. Objectif : arracher un compromis sur les points durs, dont la rémunération des futurs docteurs juniors et des maîtres de stage universitaires (MSU), la dérogation pour la thèse, les modalités de participation à la permanence des soins (PDSA), sans oublier le contenu pédagogique de la réforme. Partie prenante, la FMF feuilletonne sur son site les coulisses chaotiques de ces réunions : « La difficulté est modeste : tout faire en 18 mois avec une maquette à trous, des maîtres de stage sous-rémunérés et la découverte de MSU décédés dans les listings du Vaucluse », ironise l’organisation syndicale.
De nombreuses interrogations subsistent, notamment sur l’encadrement et les lieux d’accueil libéraux
Au fil des mois, les discussions s’enlisent. Les participants ont le sentiment de tourner en rond, avec de fortes tensions qui perdurent autour du modèle de rémunération. Les étudiants – soutenus par leurs aînés libéraux – plaident en faveur d’une rémunération majoritairement à l’acte (sous forme de rétrocession d’honoraires) pour se familiariser avec l’exercice libéral ; les doyens, eux, y sont opposés, au nom de l’équité avec les docteurs juniors salariés des autres spécialités.
Modeste consolation
En plein été, le gouvernement tranche en faveur d’une rémunération très majoritairement salariée des docteurs juniors via les CHU (part fixe de 2 375 euros brut), avec une composante minoritaire variable liée à l’activité et une éventuelle prime ZIP de 1 000 euros par mois, écartant définitivement la rétrocession d’honoraires, au grand dam des internes. Après des ajustements sur la tuyauterie de paiement – notamment sur le versement des parts respectives AMO et AMC –, le montage financier est intégré au forceps dans le projet de loi de financement de la Sécu 2026.
Consolation pour les docteurs juniors : une dérogation permettant aux trois premières promotions de soutenir leur thèse jusqu’à la fin de leur phase de consolidation. Mais, à moins d’un an de la réforme censée concerner 3 700 premiers internes en stage ambulatoire dès novembre 2026, de nombreuses interrogations subsistent, notamment sur l’encadrement et les lieux d’accueil libéraux. Lors de son congrès annuel, début décembre, le Collège national des généralistes enseignants s’est malgré tout montré optimiste : environ 58 % des maîtres de stage actuels seraient prêts à recevoir les futurs docteurs juniors… Le feuilleton de la 4A n’est pas terminé.
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