LE QUOTIDIEN : La grève des médecins, menée avec les syndicats seniors s’est achevée le 15 janvier. Quel bilan tirez-vous de la mobilisation du côté des internes de médecine générale ?
Atika Bokhari : Un nombre important d’internes de médecine générale se sont déclarés grévistes. La mobilisation a été très visible, notamment sur les réseaux sociaux et dans les cabinets, où des internes ont affiché des supports pour expliquer le mouvement aux patients. Cette grève a surtout permis de recentrer le débat sur l’essence de notre spécialité : l’accès aux soins et la lutte contre les inégalités sociales de santé.
Nous avons aussi réussi à embarquer des internes qui, au départ, étaient mal informés et pensaient qu’il s’agissait d’une énième mobilisation autour des dépassements d’honoraires. Lorsqu’ils ont compris que le cœur du combat portait sur la défense d’une Sécurité sociale à la hauteur, capable de nous donner les moyens de soigner dignement, ils ont rejoint le mouvement.
Mais ce que nous avons obtenu relève essentiellement de promesses : des engagements à déposer de futurs amendements pour supprimer telle ou telle mesure ou à appliquer des dispositifs… qui devraient déjà être en place, comme le guichet unique à l’installation. Pour nous, les avancées concrètes sont quasi nulles.
De nombreux maîtres de stage universitaires ne pourront accueillir de docteurs juniors en novembre 2026, ou alors à perte…
Avec l’intersyndicale enfin, nous nous sommes accordés sur la quatrième année du DES de médecine générale. Si elle voit le jour, elle doit absolument être construite en cohérence avec les projets professionnels des futurs généralistes. Beaucoup souhaitent s’installer en libéral, or le dispositif actuel les enferme dans du salariat hospitalier ou ambulatoire. Dans ces conditions, et aussi faute de moyens, de nombreux maîtres de stage universitaires ne pourront pas accueillir de docteurs juniors en novembre 2026, ou alors à perte…
Quelles sont vos priorités à ce stade pour cette 4A ?
La priorité, c’est la réalité du terrain ! Aujourd’hui, seuls 58 % des maîtres de stage auraient potentiellement les locaux pour accueillir un docteur junior en novembre 2026. Or, la loi impose un stage ambulatoire, l’hôpital ne devant être qu’une exception. Concrètement, soit la loi ne pourra pas s’appliquer, soit elle le sera de manière très bâclée, avec des solutions au rabais, comme l’agrément de structures sans réelle valeur pédagogique. Dans les deux cas, c’est inacceptable. La réforme n’est pas prête et elle ne le sera pas en novembre 2026. Elle va faire reculer l’installation. Nous demandons donc un report et que les décideurs politiques s’appuient enfin sur les rapports des experts de terrain : les enseignants, l’Ordre et les internes, qui sont les premiers concernés.
La réforme n’est pas prête et elle ne le sera pas en novembre 2026
Pour la rémunération, le montage prévu dans la première version du PLFSS était infaisable. Nous avons fait une contre-proposition avec des garde-fous pour éviter un système exploitant ou pénalisant pour les MSU. Le PLFSS a été voté sur ce deuxième modèle, mais sans aucune des garanties demandées. La ministre s’engage à les apporter, mais à ce stade, nous ne les avons pas. Ce modèle salarié signe de fait la fin de l’exercice ambulatoire pour les docteurs juniors, faute aussi de MSU en capacité de les accueillir.
La marge de manœuvre est aujourd’hui quasi nulle. Nous allons droit dans le mur avec cette quatrième année de médecine générale. Nous avons pourtant alerté, proposé des solutions… Les futurs généralistes sortiront d’un an de salariat, parfois hospitalier, sans le bagage nécessaire pour s’installer en ambulatoire, alors même que c’était l’objectif affiché en termes d’accès aux soins.
Et sur le temps de travail des internes, où en êtes-vous ?
Il n’y a pas de changement de cap : nous poursuivons l’action en justice pour obtenir un décompte fiable et effectif du temps de travail dans tous les CHU. À ce stade, trois CHU – Brest, Poitiers et Rennes – disposent d’un logiciel opérationnel, co-construit avec nous. Dans les autres subdivisions, le travail est encore en cours.
Quels seront les moments marquants de votre congrès ?
Le congrès est un temps fort : chaque année, près de 1 000 internes s’y retrouvent, ce qui est assez inédit pour la médecine générale. C’est un moment de rencontre entre promotions, de cohésion et de partage, mais aussi de formation avec des experts qui viennent sensibiliser et donner de nouveaux outils aux futurs généralistes.
Cette année, nous voulons lancer une réflexion collective : quels seront les patients de demain, quel médecin généraliste voulons-nous être, dans quel environnement, avec quelles technologies comme l’intelligence artificielle, et comment rendre nos cabinets écoresponsables. Nous organiserons également trois « flashs actus » pour informer les internes sur l’actualité politique : le retour sur la grève et les menaces sur l’accès aux soins ; les avancées – ou non – de la quatrième année de médecine générale ; et le rôle des politiques publiques dans l’exercice quotidien, en abordant la loi sur la fin de vie ou les municipales. Ces moments visent à rappeler aux internes l’importance de s’impliquer et de faire entendre leur voix.
Un autre temps fort sera l’échange avec nos partenaires : nous travaillons uniquement avec des collectivités territoriales (CPTS, régions, départements), sans laboratoires pharmaceutiques. C’est l’occasion pour les internes de découvrir des territoires, de rencontrer des acteurs locaux et de discuter de projets professionnels.
L’ouverture du congrès sera assurée par la maire de Dijon et des représentants de l’Ordre, et la clôture par le doyen de la faculté, soulignant la valeur pédagogique de notre événement. Enfin, nous remettrons le prix Alexandre Varney, qui récompense les travaux de recherche en médecine générale. La recherche est essentielle pour améliorer la pertinence des soins mais le nombre d’enseignants en médecine générale reste très faible, ce qui limite les opportunités et la qualité des travaux. Ce prix permet de valoriser la recherche des internes malgré ces contraintes.
L’Isnar se retire du comité de suivi 4A
C’était dans l’air, c’est officiel : l’Isnar-IMG a décidé de ne plus participer aux réunions du comité de suivi relatif à la 4A de médecine générale. « Il n’y a aucune plus-value à notre présence, si ce n’est de légitimer le gouvernement, qui dit que cette réforme a été coconstruite avec nous, ce qui est faux ! », confie Atika Bokhari, après une réunion à Ségur mardi 20 janvier. Sans garantie sur le plafond de consultations maximum pour les internes, ni sur le plancher de rémunération pour les MSU, le syndicat a considéré qu’il n’était plus utile de participer à ces réunions, la loi n’étant pas applicable à ses yeux. La ministre a répété que la réforme, engagement d’Emmanuel Macron, aurait bien lieu dès 2026 et que les derniers textes vont sortir.
MéGalliThique : enseigner la relation médecin-patient par une analyse des blocages
Foire d’empoigne chez Jeunes Médecins : la branche francilienne du syndicat met en cause la direction nationale
4e année d’internat de médecine générale : des avancées mais la réforme se dessine dans la douleur
Des stages pour les étudiants français partis en Roumanie : un pas de plus de l’Ardèche pour attirer des futurs médecins