Dans les scolarités des départements de médecine générale (DMG), on le surnomme déjà le « Tinder » des docteurs juniors et des maîtres de stage. Le processus d’appariement, ce fameux « big matching » qui permet aux docteurs juniors de trouver leur futur encadrant en vue d’une quatrième année en exercice ambulatoire, est entré dans une phase décisive.
Depuis la semaine dernière, le gouvernement travaille avec l’ensemble des parties prenantes pour en fixer les modalités : une première réunion sur le sujet s’est tenue mercredi 10 décembre 2025. « L’intérêt de ce groupe de travail est de voir comment appareiller une promotion tout de même assez conséquente via les systèmes habituellement utilisés pour l’appareillement des docteurs juniors des autres spécialités », précise Clément Hugueny, trésorier à l’Isni (Intersyndicale nationale des internes), en charge du suivi de la quatrième année.
Cinq cœurs + une note de rang 1 = un match
L’enjeu est en effet de taille puisque, à partir de septembre 2026, 3 700 futurs docteurs juniors en médecine générale devront classer, par ordre de préférence, les terrains de stage qu’ils visent dans le cadre de cette procédure d’appariement. « Dans ce processus, le classement à l’internat n’est plus pris en compte pour les semestres 7 et 8 », rappelle le Pr François Carbonnel, généraliste et secrétaire général adjoint du CNGE.
À quoi pourrait ressembler ce « big matching » dont les fondations, à quelques mois de sa mise en œuvre, restent encore mouvantes ? Les modalités exactes restent encore à trancher mais la colonne vertébrale de la procédure est déjà connue : un système en trois tours qui devrait s’inspirer, plus ou moins, des autres spécialités.
La finalité n’est pas l’algorithme, mais la formation et le projet professionnel de l’étudiant
Pr François Carbonnel, médecin généraliste et secrétaire général adjoint du CNGE
Les deux premiers tours, entièrement numériques, devraient se faire à l’échelle régionale via la plateforme SiiMOP- Appariement (Uness). En fonction de sa région, le docteur junior pourra exprimer ses préférences en mettant des cœurs (de un à cinq). Lors du premier tour, il devra classer 20 % des postes proposés. « Par exemple, 120 vœux pour 600 postes en Île-de-France et 60 vœux pour 300 postes en Occitanie », précise le Pr Carbonnel. Côté MSU, le praticien devra classer 80 % des vœux reçus, du rang 1 à 5, le rang 1 étant la meilleure note.
Si l’interne ne renseigne pas ses 20 % de vœux ou si le MSU ne classe pas 80 % des candidatures, la procédure est considérée comme nulle. À l’inverse, « si le docteur junior attribue ses cinq cœurs et que le MSU le classe en rang 1, les contraintes de la plateforme sont respectées : vous serez “matchés” et il ne reste plus qu’à vous souhaiter un excellent stage », illustre le Pr Carbonnel.
En cas d’incompatibilité, un deuxième tour est organisé à la mi-septembre, avec 40 % des postes restant à classer pour les docteurs juniors, et toujours 80 % des candidatures à classer par les MSU. Un appariement n’est possible que si le docteur junior souhaite aller sur le terrain et que le MSU souhaite accueillir le candidat. Par ailleurs, en cas d’égalité, le docteur junior de la subdivision rattachée au terrain de stage est prioritaire.
En dernier recours, un troisième tour, en présentiel et par subdivision, est prévu. Il consiste en un entretien entre le docteur junior, le doyen, le coordonnateur du DES de médecine générale et le directeur d’ARS, avec la possibilité d’une affection hors liste de vœux. « On veut que ça se passe bien mais on n’a vraiment pas envie d’aller jusqu’au troisième tour », prévient le Pr Carbonnel. « L’algorithme est là pour affecter un maximum de docteurs juniors, mais il reste au service du projet professionnel de l’étudiant : la finalité, c’est leur formation », insiste-t-il.
Vives inquiétudes sur le nombre de terrains de stage disponibles
Fin août, l’ensemble des MSU devront mettre à disposition la description de leur stage élaborée à partir des outils du CNGE. Les différents terrains de stage seront ensuite examinés pour vérifier leur disponibilité sur six mois. De leurs côtés, les docteurs juniors pourront diffuser CV, contrat de formation et lettre de motivation aux terrains qui les intéressent le plus pour maximiser leur chance d’être choisis.
Une question demeure néanmoins : l’offre de stages sera-t-elle suffisante ? Rien n’est moins sûr. « Pour la quatrième année de médecine générale, il est déjà difficile de réunir assez de terrains. Nous demandons donc la création de postes supplémentaires pour garantir un réel choix d’affectation, alors que certains enseignants et les ARS plaident pour un abaissement des seuils afin que cette quatrième année puisse malgré tout voir le jour. Aujourd’hui, un désaccord subsiste entre étudiants, CNGE et ARS sur la dérogation à l’inadéquation, explique Clément Hugueny. En temps normal [dans le “big matching” d’autres spécialités, NDLR] , il faut disposer d’au moins 107 % de terrains de stage, avec un minimum de 30 postes supplémentaires. On est loin du compte », résume-t-il.
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