Ambiance survoltée ce vendredi 23 janvier 2026 lors du « flash actualités » consacré à la « 4A » de médecine générale, dans le cadre du congrès des internes de l’Isnar-IMG, à Dijon. Les quelques annonces de la ministre de la Santé Stéphanie Rist, diffusées en préambule dans une courte vidéo ont été perçues comme de la « poudre aux yeux » et n’ont pas suffi à apaiser la colère des internes de médecine générale, exaspérés par le manque d’avancées concrètes sur la mise en place de cette quatrième année, pourtant attendue pour novembre 2026. « Je vous laisse en tirer les conclusions que vous voulez », a soufflé Atika Bokhari devant un amphithéâtre d’internes plein à craquer.
La médecine générale envers et contre tous ?
Invitée à prendre la parole dans une salle en surchauffe, la présidente de MG France, Agnès Giannotti, n’a pas mâché ses mots. Saluant l’engagement des internes et rappelant l’importance de sécuriser les stages ambulatoires, elle a rappelé que la quatrième année était le fruit de décennies de combat pour la reconnaissance de la médecine générale. « Malheureusement, on avait oublié une chose dans notre optimisme. C’est que ceux qui mènent la danse, c’est l’hôpital, c’est les doyens ! Et les centres de santé qui se sont clairement opposés au paiement à l’acte parce qu’ils considéraient que ce n’était pas moral. Donc on a une conjonction de forces qui sont au pouvoir en ce moment et tout passe par l’hôpital et les différents ministres ont respecté ça. La médecine générale, ils n’en ont rien à foutre ! », a-t-elle dénoncé. « Le rapport de force on ne peut pas le changer, il est comme ça, a-t-elle regretté. Mais vous vous doutez bien que si je pouvais balayer les doyens d’un revers de la main, je le ferais ! »
La généraliste du 18e arrondissement de Paris a toutefois insisté sur l’importance des « filets de sécurité » récemment obtenus. « C’est le fruit de la mobilisation des syndicats seniors et de l’Isnar-IMG mais la bataille continue ! » Dans une lettre adressée aux syndicats seniors et juniors, la ministre de la Santé s’engage notamment sur un nombre d’actes maximum demandés hebdomadairement aux internes et sur un minimum de rémunération pour les MSU. Mais les promesses doivent faire place aux actes, avec des textes « clairs et publiés le plus vite possible », a rappelé la généraliste.
Face à une réforme jugée encore bancale, mais inévitable, la présidente de MG France a appelé les internes à se battre sans relâche. « Il y a trois postures possibles, a-t-elle expliqué. Soit on considère que c’est perdu d’avance et on ne fait rien, soit on joue les gentils loulous pour ne pas déplaire aux politiques et aux institutions et on dit amen à tout et, là, on va droit dans le mur, soit on se bat comme des chiffonniers jusqu’à la dernière seconde », a-t-elle lancé, très déterminée.
Nous ne voulons plus servir de caution à cette réforme maltraitante et démagogique
Atika Bokhari, présidente de l’Isnar-IMG
Dans un amphithéâtre toujours bouillonnant, Atika Bokhari, la présidente de l’Isnar-IMG, a pris le relais pour dénoncer le flou persistant autour de la quatrième année : textes d’application manquants ou contraires aux demandes des internes (comme le modèle de rémunération), incertitude sur le statut des MSU ou les modalités de la permanence des soins, plateforme d’appariement jugée encore opaque. « Aujourd’hui, cette réforme ne peut être reportée qu’en changeant la loi… Or, les élus nous voient comme des cadeaux arrivés en retard, et les décisionnaires veulent qu’elle ait lieu, peu importe comment et à quel prix ! C’est pourquoi les représentants locaux de l’Isnar-IMG ont quitté les comités de suivi mardi dernier », a rappelé l’interne nantaise. « Nous ne voulons plus servir de caution à cette réforme maltraitante et démagogique, ni tendre le bâton pour nous faire battre », a-t-elle insisté.
Pour faire monter la pression, la représentante syndicale a annoncé une « grève illimitée » à partir du lundi 2 février, appelant les internes à se mobiliser chaque premier lundi du mois jusqu’à l’adoption de textes satisfaisants. « Nous sommes encore très loin d’une victoire mais nous ne lâcherons rien », a-t-elle martelé sous des applaudissements nourris. « On se battra jusqu’au bout pour faire respecter nos droits les plus fondamentaux. Et si on nous dit non, ils pourront attendre longtemps l’arrivée du père Noël », a-t-elle résumé.
Poudre aux yeux
Diffusée en peu plus tôt en ouverture, l’intervention vidéo de la ministre Stéphanie Rist avait été accueillie par une volée de sifflets, de « bouhhhh » et de « c’était nul » par des internes. Si la rhumatologue a rappelé que la quatrième année devait rester « avant tout une année de formation » et promis une vigilance accrue des ARS sur les conditions de stage (avec une réévaluation des agréments lorsque le nombre de consultations réalisées par semaine dépassera 2 400 par semestre), les annonces concrètes ont laissé les internes sur leur faim.
Revalorisation des gardes de PDSA au niveau des seniors, hausse de 50 % de l’indemnité d’astreinte dès le 1er février, lancement d’une concertation sur un « guichet unique » d’installation et d’un groupe de travail sur les violences sexuelles et sexistes : autant de mesures jugées périphériques, à ce stade, par l’Isnar-IMG. « C’est de la poudre aux yeux, rien de tout cela ne sécurise la quatrième année », tranche son porte-parole Pierre-Alexandre Lecomte. Selon lui, la valorisation de la PDSA relève davantage d’un rattrapage que d’un gain réel : « On essaie de nous le vendre comme un avantage, mais c’est juste une remise à niveau par rapport aux autres spécialités. Ce que nous demandons, c’est une rétrocession totale. »
Reste à savoir si les internes de médecine générale répondront à l’appel à la grève lancé par le syndicat. Rencontrés sur place, Théo et Benjamin, tous les deux internes de première année à Dijon, adhèrent pleinement au message diffusé mais restent pragmatiques. « Nous ne sommes déjà pas très bien payés, résument-ils, alors il faudra voir si faire grève ne nous pénalise pas trop financièrement. »
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