C’est un cadeau de Noël avant l’heure qui n’a pas vraiment fait sourire les internes de médecine générale. Dans une interview accordée à Sud Ouest, le directeur général de l’agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine, Benoît Elleboode, a présenté les axes du déploiement de la quatrième année d’internat de médecine générale (4A) dans sa région sous un titre étonnant : « En 2026, l’ARS va offrir ses 300 docteurs juniors aux départements en désert médical. »
« Ils seront entre 280 et 290 à passer leur thèse avant le 1er novembre 2026 (…) Nous ne pouvions garantir l’arrivée de ces médecins sur le territoire sans l’engagement de médecins maîtres de stage. Et aujourd’hui nous avons 508 médecins qui se sont portés volontaires pour encadrer ces jeunes praticiens et garantir des conditions d’accueil optimales », se réjouit le DG dans les colonnes du quotidien.
Interrogé sur le ciblage des territoires à faible densité médicale qu’il convient de prioriser, le patron de l’ARS précise que des simulations pour connaître la « répartition » des docteurs juniors par département ont déjà été réalisées. « À ce jour, 58 sont prévus en Gironde, premier désert médical de la région, avec 600 000 personnes concernées sur 1,6 million d’habitants. En Creuse, 100 % des habitants sont en désert médical, soit 110 000 personnes, et ils bénéficieront de six docteurs juniors », énumère-t-il. Une façon d’appuyer que ces jeunes pousses seront fléchées dans les zones fragiles, comme un cadeau de bienvenue, ce qui n’a pas manqué d’agacer certains praticiens sur les réseaux sociaux, volontiers caustiques.
En réalité, si le contenu de l’entretien n’a pas déclenché de polémique en soi, c’est plutôt le titre choisi par Sud Ouest – de même que certains passages sur les docteurs juniors qualifiés de « sang neuf » et « offerts » aux territoires – qui a suscité des réactions. « En 2026, l’ARS va offrir 300 docteurs juniors aux départements en désert médical ! 300 docteurs juniors, c’est ainsi que l’on appelle les internes contraints de boucler une quatrième année supplémentaire ! Offrir ! Contraints ! Ils sont fous ! », s’indigne une psychiatre sur Twitter. « Allez, c’est cadeau, c’est pas cher. Ça va Sud Ouest on ne vous dérange pas ? C’est quoi ce titre ? », grince une généraliste. « Pas d'idées pour noël ! Offrez un interne ! », ironise aussi le Dr Yann Collet, également généraliste.
Sous ladite publication, de nombreux internes anonymes ont critiqué ces propos. « C’est écœurant », « L’esclavagisme a été aboli en 1848 il paraît… », « On reporte quand cette réforme ? », lit-on parmi les dizaines de commentaires.
Réduire les internes à une variable d’ajustement des carences de l’État est inacceptable
Compte Instagram de l’Isni
Preuve du malaise, l’entretien du DG d’ARS sur la quatrième d’internat a dépassé le cadre éruptif des réseaux sociaux. Côté syndical, les représentants des internes condamnent le ton avec fermeté. « Quand on parle “d’offrir” des docteurs juniors, on révèle une vision profondément administrative et déshumanisée de la formation médicale, objecte l’Isni sur son compte Instagram. Réduire les internes à une variable d’ajustement des carences de l’État est inacceptable (…) Les internes ne sont ni des quotas, ni des outils de gestion territoriale. Ils sont des médecins de formation, avec des droits, des contraintes et des parcours de vie. »
De son côté, l’Isnar-IMG, principal syndicat des internes de médecine générale, indique avoir échangé par téléphone avec le directeur de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, lequel regrette une « déformation de ses propos ». Dans ce contexte, le syndicat d’internes a réclamé un droit de réponse et fixé un rendez-vous avec l’ARS Nouvelle-Aquitaine pour lui « expliquer les grands principes de la quatrième année et la réalité des internes ». « La réforme de la 4e année du DES de médecine générale est encore une fois utilisée pour de la communication politique… Derrière, ce sont les internes toujours dans l’incertitude de ce qui les attend, qui subissent dans l’indifférence générale », explique l’Isnar-IMG.
Alors que la réforme de la 4A doit entrer en vigueur en novembre 2026, la question du rôle exact des docteurs juniors de médecine générale, de leur encadrement et de leur fléchage préférentiel dans les zones sous-dotées continue d’entretenir les crispations.
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