On pensait que l’internat régional appartenait aux vestiges du passé. Après avoir été mise de côté il y a deux décennies au profit d’un concours national, cette idée ressurgit sous la plume de Jean-François Rousset. Pour le député macroniste (groupe EPR) et rapporteur d’une mission sur le troisième cycle, la régionalisation de l’internat va même « dans le sens de l’histoire ».
« Autrefois, on passait trois concours dans des régions différentes, avec des passerelles et des échanges inter-CHU. Ce n’était pas une si mauvaise organisation que ça », a-t-il estimé devant ses collègues de l’Assemblée, lors de la présentation de son travail sur la réforme du troisième cycle en commission des Affaires sociales.
Bon moyen de lutte
L’internat repose sur un classement national : les étudiants choisissent leur spécialité et leur lieu de stage selon leur rang, ce qui implique une forte mobilité à travers toute la France. Ce système garantit la liberté de choix tout en répartissant les internes selon les besoins territoriaux et les capacités d’accueil fixés à l’échelle du pays. Dans son rapport, l’ancien chirurgien recommande d’introduire au concours de fin de deuxième cycle une dimension territoriale, avec des points supplémentaires valorisant l’attachement régional des étudiants. Un moyen, selon lui, de « lutter efficacement contre les déserts médicaux » dans un contexte marqué par de vives tensions autour de l’accès aux soins.
Jean-François Rousset n’est pas le premier à questionner le principe du concours national. La proposition de loi portée par la sénatrice LR Corinne Imbert, adoptée par le Sénat en octobre (mais toujours pas inscrite à l’agenda de l’Assemblée), s’inscrit dans cette même logique en cherchant à mieux aligner les postes d’internat sur les régions d’externat et répondre aux besoins locaux. Le texte prévoit ainsi, à partir de la rentrée 2027, « un objectif national de deux tiers d’étudiants accédant au troisième cycle dans la région où ils ont validé leur deuxième cycle ». L’ambition est explicite : améliorer l’accès aux soins en influençant en amont la répartition des futurs médecins, alors que, selon la sénatrice, « le territoire de formation conditionne largement le territoire d’exercice ».
Le gouvernement adopte une position plus réservée. La ministre de la Santé Stéphanie Rist met en garde contre un dispositif susceptible de « complexifier un circuit déjà complexe », rappelant que de nombreux étudiants choisissent déjà spontanément de s’installer là où ils ont été formés. Une affirmation nuancée par les chiffres avancés par la Pr Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyennes et doyens : seuls 27 % des étudiants restent effectivement dans leur territoire de formation, avec de fortes disparités selon les sites. « Certains sont à 60 % d’étudiants, d’autres sont en dessous des 27 %. Il y a vraiment un sujet de brassage en fin de sixième année », souligne-t-elle. Les doyens se disent favorables à une réflexion sur l’instauration d’un bonus pour les étudiants désireux de rester dans leur région, mais à condition que la mesure soit construite avec eux, qu’elle soit adaptée aux besoins locaux et surtout « non fixée par un pourcentage », excluant clairement l’objectif des deux tiers.
Ligne rouge
Du côté des étudiants en médecine, la régionalisation de l’internat suscite de fortes réticences. « On dépendrait davantage de notre zone d’études que de nos capacités et de notre classement », alerte Marion Da Ros Poli, dénonçant le risque d’assigner des milliers d’étudiants à une région qu’ils n’ont pas choisie. La présidente de l’Anemf pointe également les inégalités de formation que pourrait entraîner le dispositif. « Typiquement, un interne des Hauts-de-France ne pourrait pas choisir la chirurgie maxillofaciale s'il est dans les deux tiers inférieurs car il n’y a aucun poste dans la région », insiste-t-elle.
Au final, l’étudiante redoute l’émergence d’une médecine à deux vitesses : les mieux classés resteraient concentrés dans les pôles les plus attractifs, les autres seraient cantonnés à des territoires moins dotés, avec des conséquences durables sur la qualité de la formation, la recherche et l’accès aux soins. Mélanie Debarreix, présidente de l’Intersyndicale nationale des internes (Isni), préconise plutôt de créer les conditions d’un choc d’attractivité des territoires. « Mine de rien, les étudiants bougent beaucoup pendant leur internat et certains territoires ont beaucoup à offrir. Il est bon de rappeler que les internes n’y sont pas insensibles et vont surtout s’installer là où ils ont eu une bonne expérience », conclut l’interne de cardiologie.
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