Camille raisonne comme les autres : « Si tout le monde en prend trois, j’en prendrai trois. » L’étudiante, en sixième année de médecine à Reims, n’a pourtant « pas besoin d’avoir un bon classement » car elle vise la spécialité psychiatrie mais elle réfléchit déjà aux prépas qui pourraient l’intéresser. Et se demande si elle doit s’en tenir à une, deux ou trois. « Sans prépa, je ne vois pas comment on peut réviser les Ecos. Il faut bien qu’on se teste ! Je ne connais personne qui fait sans », abonde l’externe de 25 ans.
Pression du concours ou réelle nécessité ? Comme Camille, la majorité des étudiants interrogés, et ce, quelle que soit la spécialité souhaitée, n’envisagent pas de préparer sans un coup de pouce extérieur les fameux examens cliniques objectifs structurés (Ecos), ces situations cliniques (ou « stations ») permettant d'évaluer les compétences des futurs médecins. Souvent, depuis leur quatrième année déjà, les externes se sont abonnés à différentes prépas privées telles que EDN.fr et Hypocampus – les plus citées –, mais aussi Major ECN, WinMed, Ecos Alpha, Conférence Cartesia ou Ecossim.
Déjà incontournables pour préparer les EDN (épreuves dématérialisées nationales), dont les sessions se déroulent en octobre, les prépas se sont donc aussi spécialisées dans l’épreuve orale des Ecos, qui se déroule en juin. Et pour les étudiants qui jouent leur carrière, rien n’est trop beau (ni trop cher ?) pour se donner toutes les chances de réussite.
S’entraîner, encore et toujours
D’après l’enquête de l’Association amicale des étudiants en médecine de Strasbourg, 72 % des externes se sont inscrits à une prépa privée. Rien d’étonnant pour la présidente de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), Marion Da Ros Poli : « C’est rare de ne pas en avoir parce qu’on sait qu’on n’a pas d’autres moyens pour s’entraîner ».
À Rouen, Florian, également en sixième année, envisage la spécialité pédiatrie. Ses résultats aux EDN le classent en milieu de tableau dans la course à l’internat, ce qui est « limite » pour obtenir ce qu’il veut. Alors pour l’étudiant de 24 ans, les Ecos sont une étape majeure. « C’est stressant parce qu’en plus, je ne sais pas du tout comment je vais réviser. » S’il a déjà misé sur une prépa et un livre « d’occasion » de la collection « La Martingale » pour débuter, Florian attend un peu d’avoir les retours de ses camarades sur d’autres officines privées pour doubler ou tripler la mise.
Après avoir passé les rattrapages des EDN mi-janvier, Camille, l’étudiante rémoise, s’est elle aussi abonnée à des cours à distance pour réussir les Ecos. « J’ai besoin d’être dans ma bulle, explique-t-elle. L’IA nous donne une situation, on explique ce qu’on pense faire et le chatbot analyse notre réponse. C’est comme si on était face à un humain. » S’entraîner, s’entraîner et encore s’entraîner, c’est l’objectif des prochaines semaines.
Les prépas sont un poison, elles se font de l’argent sur la crainte des étudiants. Mais nous n’avons pas la main dessus…
Marion Da Ros Poli, présidente de l’Anemf
Pour être à leur meilleur niveau, les externes sont parfois prêts à tout. « Les étudiants n’ont pas vraiment de deuxième chance pour avoir la spécialité qu’ils convoitent, donc prendre une prépa, c’est se retrouver sur un pied d’égalité. On comble un besoin grâce aux prépas », tranche Marion Da Ros Poli. L’Anemf, qui a pourtant alerté plusieurs fois les doyens, les facultés et les étudiants sur le coût exorbitant des soutiens privés en première année de santé, semble dans l’impasse. « Les prépas sont un poison, elles se font de l’argent sur la crainte des étudiants qui paient pour avoir un niveau de base. Mais nous n’avons pas la main dessus », regrette l’étudiante.
D’après les différents sites des prépas privées, le coût d’un abonnement pour six mois s’élève entre 100 et 500 euros. Sans compter les quelque 1 500 euros de dépenses pour les référentiels et les prépas aux EDN qu’il faut renouveler tous les ans et dont le budget varie entre 600 euros et 1 400 euros en moyenne.
Trop coûteux pour l’université
Pendant leurs trois années d’externat, les étudiants en médecine ont pourtant l’opportunité de s’entraîner aux Ecos nationaux au moins une fois par an, à l’occasion des Ecos « facultaires ». Pas assez, selon les carabins ! Et si peu d’entre eux évoquent les tutorats d’années supérieures, c’est qu’ils restent assez peu développés.
Pour les universités, organiser des Ecos blancs plus fréquents représenterait un coût significatif en raison de la logistique réclamée
Si, au niveau local, les élus étudiants plantent des graines auprès des doyens pour que soient mieux épaulés les jeunes dans la préparation à l’internat, les priorités ne sont pas données à ces tutorats. Et le fait d’organiser des Ecos blancs plus fréquents représenterait un coût significatif pour les universités, en raison de la logistique réclamée. Certaines s’y frottent tout de même, comme l’université d’Amiens, dont les simulations permettent d’éviter aux étudiants d’avoir besoin d’une prépa privée. L’université de Strasbourg propose, elle, cinq entraînements par an grâce à son unité de simulation. L’université Lyon 1 a mis à disposition 35 vidéos, tout comme Paris-Cité, afin de préparer les étudiants aux gestes techniques. L’université d’Angers mise quant à elle sur un débriefing approfondi des stations et des conférences hebdomadaires.
Une plateforme gratuite à Clermont
Plus surprenant, il arrive que les prépas et les universités trouvent un terrain d’entente. C’est le cas de la plateforme Ecossim et de l’université de Clermont Auvergne. Depuis trois ans, les deux entités travaillent en partenariat. La fondatrice d’Ecossim, aujourd’hui interne en médecine, avait constaté un manque de supports pour s’entraîner aux Ecos. Originalité de l’accord, c’est l’université qui prend en charge le coût pour chaque étudiant. « On a mis en place beaucoup de choses au niveau facultaire (conférences, entraînements hebdomadaires entre janvier et mai) et hospitalier (la majorité des services proposent des Ecos) mais ça ne prend pas, assume le responsable pédagogique des Ecos de l’université Clermont Auvergne, Célian Bertin. Parce que ça tombe au mauvais moment, que les étudiants en ont parfois assez d’aller à la fac et d’être soumis au regard de leurs camarades. »
L’université a constaté rapidement l’inscription de 95 % de ses étudiants à la plateforme Ecossim. « Ils s’en servent vraiment, on a pris le temps d’analyser les données pour choisir de reconduire ou non notre partenariat. Ce n’est pas de l’argent public gaspillé, tout est vérifié », insiste Célian Bertin. Selon lui, la plateforme permet de mettre les quelque 250 étudiants en sixième année sur un pied d’égalité, avec un avantage indéniable : « Ils ont tous la même préparation et c’est gratuit pour eux. » Mais pas pour la faculté…
Les stages, le meilleur entraînement ?
Certaines exceptions confirment la règle. À l’image de Nicolas, interne en première année de rhumatologie à Toulouse. Après des résultats décevants aux EDN, il devait réussir « à tout prix » les Ecos. Or, affirme-t-il, la question de la prépa privée ne s’est pas posée : « Je n’en avais pas les moyens, explique-t-il. Mais surtout je n’en avais pas entendu parler. J’avais suffisamment de ressources pour m’entraîner grâce aux livres. »
Une semaine sur deux, il suit les séances d’entraînement organisées par le tutorat local. Avec ses camarades, ils organisent plusieurs fois par semaine des entraînements en jouant, par groupe de trois, l’évalué, l’évaluateur et le patient. « J’allais en stage sérieusement en profitant de l’expérience des aînés. C’est ce qui m’a permis de ne pas être pris au dépourvu le jour J », estime-t-il. Pendant les stages, en effet, certains services hospitaliers organisent des Ecos, une initiative qui plaît beaucoup aux étudiants. « Cela permet d’ancrer ses connaissances mais ça reste très “service dépendant” », regrette Marion Da Ros Poli. « Sauf qu’on ne peut pas compter uniquement là-dessus, confie Florian, l’étudiant de Rouen. Moi, je vais solliciter ma petite sœur pour m’entraîner, s’amuse-t-il. Tous les moyens sont bons ! »
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