« C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès d’un interne de la subdivision de l’Océan Indien, s’ajoutant au nombre trop important d’internes et d’étudiants en médecine morts par suicide », déplorent, ce lundi 16 février 2026 le Syndicat des Internes de l’Océan Indien (Sioi), l’Intersyndicale nationale des internes (Isni) et l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf).
La communauté médicale est donc à nouveau endeuillée. Jointe par Le Quotidien ce lundi, Phèdre Rihn, vice-présidente du Syndicat des internes de l’Océan Indien, explique depuis l’île de la Réunion que ce drame illustre l’échec d’un système maltraitant. « Par respect pour sa famille, je ne souhaite pas parler de l’interne en question, notre communiqué est davantage à visée informative sur les risques que courent les étudiants en médecine durant leur parcours », souligne-t-elle. La responsable syndicale n’en fait pas mystère : la communauté des quelque 130 internes en médecine qui poursuivent leur cursus dans l’océan Indien reste sous le choc, même près de deux semaines après le passage à l’acte du jeune interne.
Ne rien passer sous silence
« Deux semaines, c’est environ le temps qu’il a fallu pour mettre tout le monde (famille, syndicats, tutelles) sur la même ligne et parvenir à ce communiqué que nous publions aujourd’hui », contextualise Arthur Poncin, premier vice-président de l’Isni. De fait, la famille du jeune interne en psychiatrie décédé, qui finissait son cursus, « ne souhaitait pas forcément voir cette tragédie portée en étendard », poursuit Phèdre Rhin. Sans pour autant vouloir passer sous silence les maux et les dysfonctionnements durant les études de médecine et en stage qui peuvent mener à la détresse et au passage à l’acte. « Cette situation ne peut être considérée comme isolée. Elle révèle des violences systémiques et institutionnelles que subissent de nombreux étudiants et soignants tout au long de leur formation et de leur exercice », insistent ensemble les trois syndicats juniors.
En l’occurrence, la documentation abonde, nourrie notamment par plusieurs grandes enquêtes sur la santé mentale des étudiants en médecine. Celles de 2017, 2021 et encore 2024 sont sans appel : 21 % des carabins et des internes ont présenté des idées suicidaires dans l'année et 70 % ont envisagé d'arrêter leurs études au moins une fois par mois.
Les syndicats d’internes et d’étudiants pointent du doigt des conditions de formation « particulièrement dégradées », en dépit des alertes récurrentes. Les internes travaillent « en moyenne 59 heures par semaine, parfois jusqu'à 80 heures selon les spécialités ». Un sur cinq déclare subir des violences sexistes et sexuelles et au moins 14 % rapportent des situations de harcèlement au travail. Selon l’Isni, un interne en médecine se suicide tous les 18 jours. « À l’hôpital, les étudiants sont trop souvent utilisés comme une main-d’œuvre précaire : ils peuvent se voir attribuer des tâches peu formatrices, accuser un manque d'encadrement et subir des pressions hiérarchiques. De plus, les études médicales demeurent profondément marquées par des inégalités sociales, économiques et territoriales, particulièrement pour les étudiants issus des DROM », ajoutent l’Isni, l’Anemf et le Sioi. Et d’interroger : « Combien de drames supplémentaires faudra-t-il encore pour que des mesures concrètes et durables soient enfin mises en œuvre ? »
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