Courrier des lecteurs

M. Revel, vous n'êtes pas raisonnable !

Publié le 04/03/2016
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Monsieur le directeur de la caisse nationale d’assurance maladie, vous n’êtes pas très raisonnable : en effet si j’en crois ce que j’ai lu dans la presse médicale vous éliminez d’emblée toute idée d’ouverture du secteur 2 et toute idée de dépassement « modulé » tout en nous serinant que l’ONDAM vous laisse très peu de marge de manœuvre concernant les tarifs conventionnés ; est-ce que du coup ça vaut la peine de négocier une convention puisque la partie est déjà jouée ?

La plate-forme des syndicats médicaux a été conclue par des propositions pourtant très correctes qui, tenant compte de vos possibilités limitées… mais aussi de la vie des entreprises médicales, suggéraient un dépassement modulé, encadré et même, pourquoi pas, transitoire jusqu’à ce que le gouvernement ait résolu ses équations budgétaires : de cela semble-t-il vous ne voulez pas entendre parler ; vous êtes un pur et dur à l’image de notre Premier ministre !

Bien entendu, vous êtes tributaire de vos patrons et vos patrons veulent le beurre sans mettre l’argent du beurre, vous avez d’ailleurs pour cela une organisation imparable puisque les premiers déterminent l’enveloppe de pénurie attribuée à la santé, inversement proportionnelle d’ailleurs à l’argent qu’ils dilapident, tandis que vous avez été nommé pour gérer la pénurie et non la santé, cette tâche vous étant d’autant plus aisée que cette pénurie bien entendue ne s’applique ni à vous, ni bien sûr à vos employeurs.

Or, je le disais, vous n’êtes pas raisonnable car la situation dans laquelle vous avez mis la profession ne fait plus pencher la balance en votre faveur et  vous devriez étudier plus attentivement la proposition de nos syndicats :

- la démographie médicale fait qu’il est de moins en moins utile que la Sécu solvabilise les médecins ;

- la question du remboursement des actes nous est de plus en plus indifférente considérant qu’après tout c’est votre problème et uniquement le vôtre ;

- n’oublions pas non plus le facteur psychologique car après l’année qu’ils viennent de vivre et l’avalanche de mesures qui leur sont tombées dessus les confrères (du moins ceux qui restent) aspirent de plus en plus à larguer les boulets pour se recentrer sur leur cœur de métier…

Monsieur le directeur de la Cnamts, je vais vous faire une confidence : je pratique des dépassements, .très modérés certes ! Mais psychologiquement cela me fait un bien fou : je ne suis plus le  « toutou-à-sa-tutelle », je ne suis plus celui qui subit mais celui qui agit. Et je vais vous faire une autre confidence : de plus en plus souvent l’idée du déconventionnement me vient à l’esprit, elle me semble de moins en moins absurde et elle m’apaise : finalement j’ai un espace de liberté !

Monsieur le directeur : soyez raisonnable : vous êtes en train de scier la branche sur laquelle vous êtes assis.

Et merci à la FMF d’avoir initié une plateforme syndicale consensuelle et aux autres syndicats d’avoir suivi : une belle leçon pour nos politiques, pourvu que ça dure !

Dr Jean-Claude Florentin, Basse-Indre (Loire-Atlantique)

Source : lequotidiendumedecin.fr